Liens d'accessibilité

Kenya: des micro-prêts aux agriculteurs, liés à des pratiques durables


(Reuters)

(Reuters)

Un quart de la population du Kenya – soit 10 millions de personnes - sont des agriculteurs. Peu sont ceux qui ont reçu une formation quelconque sur les moyens d'améliorer leur production ou de développer leurs entreprises grâce à des financements. Nombreux sont ceux qui refusent d’emprunter, ayant vu leurs voisins perdent du bétail ou des terres suite à des prêts usuriers. Mais une société offre une nouvelle solution dans la région des montagnes Abédaré, au nord de Nairobi, la capitale.

Samuel Karioki, 50 ans, cultive son bout de terrain depuis qu’il a quitté l’école. Chaque année, la récolte était la même mais en 2014, tout a changé. Aujourd’hui, les énormes feuilles de ses choux-fleurs dégoulinent littéralement les unes sur les autres, et M. Karioki s’attend à une récolte record de pommes de terre.

Tout cela grâce à un prêt de 90 dollars qui lui a permis d’acquérir les meilleures semences disponibles sur le marché, ainsi que des engrais. Une première.

« Nous a eu beaucoup de problèmes », reconnait M. Kariodi, en évoquant le manque de financements dans le pasé, l’absence de débouchés, puis les infestations d'insectes, sans oublier les maladies. Résultat : il n’avait jamais voulu prendre un prêt. Et de toute façon, on exigeait trop de garanties.

Cette fois-ci, c’est différent, poursuit-il, grâce à F3 Life, une société de micro-finance. Elle offre des prêts allant de 20 à 180 dollars, selon les besoins. Comme conditions – car rien n’est gratuit – les agriculteurs s’engagent à respecter certaines pratiques de conservation des sols.

C’est un écologiste originaire du Zimbabwe, Mark Ellis-Jones, qui a eu l’idée d’allier des prêts à une meilleure préservation de l’environnement. Ce qui renforce la productivité, fait-il valoir, et garantit d’autant plus le remboursement de l’emprunt.

« Nous fournissons un prêt, et le taux d'intérêt dépend de la qualité des pratiques de conservation des sols de l'agriculteur qui emprunte. Nous demandons aux agriculteurs de construire des bandes enherbées sur les contours de leurs pentes pour empêcher la perte de la couche arable de leurs terres », explique M. Ellis Jones.

Plus l’emprunt est considérable, plus l’on demande à l’exploitant. S’il veut davantage de financements, il lui faut planter des arbres qui fertilisent le sol et empêchent son érosion. Grâce à ces mesures très simples, des sols qui seraient épuisés en 20 ans peuvent durer mille ans, poursuit M. Ellis Jones.

Ces pratiques sont d’autant plus importantes que la dégradation de l’environnement pourrait compromettre la capacité du Kenya à nourrir sa population. Il ne s’agit pas du Kenya seulement – à travers le monde, un tiers des terres arables ont été perdues au cours des 50 dernières années.

A l’heure actuelle, déclare l’agronome Ngigi Obadiah, un responsable de F3 Life, l’ONG appuie 52 clients, le but étant d’en atteindre 350 d’ici à un an, 10.000 en deux ans, et un demi-million en cinq ans. Ce qui n’est pas irréaliste.

Pour en revenir à M. Karioki, il explique que ses choux-fleurs font l’envie de la localité, et que nombre d’agriculteurs cherchent à connaitre son secret. Grâce à ses superbes récoltes, il envisage déjà d’acheter une camionnette pour éviter de verser un pourcentage aux intermédiaires, ce qui lui permettrait d’écouler lui-même ses produits au marché.

XS
SM
MD
LG