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Les journalistes kényans manifestent après les morts "suspectes" de deux collègues


Le journaliste kényan Walter Barasa quitte le palais de Justice à Nairobi, où il a demandé l'arrêt de son arrestation, le 9 octobre 2013.

Le journaliste kényan Walter Barasa quitte le palais de Justice à Nairobi, où il a demandé l'arrêt de son arrestation, le 9 octobre 2013.

Les journalistes kényans ont manifesté jeudi dans plusieurs villes du pays, dont Nairobi, après la mort de deux collègues tués selon eux pour leur travail, jugeant leur métier de plus en plus dangereux et disant être victimes du harcèlement de responsables politiques.

Une centaine de journalistes s'étaient réunis dans le centre de la capitale Nairobi, brandissant des pancartes aux slogans tels que "la Constitution est notre carte de presse" ou "les reporters méritent de rentrer sain et sauf auprès de ceux qui leur sont chers".

"Nous sommes fatigués de faire l'objet de harcèlements et d'intimidations dans le cadre de notre travail", a déclaré à l'AFP sous couvert d'anonymat un de ces journalistes, estimant que sa profession devenait "trop dangereuse".

D'autres manifestations, moins suivies, ont été organisées à Nakuru (centre-ouest), Kitale (ouest) et Eldoret (ouest). "Les journalistes n'auront de repos que lorsque justice aura été rendue pour nos défunts collègues", a déclaré à Nakuru Simon Ngure, journaliste pour le groupe Royal Media Services, propriétaire de plusieurs chaînes de télévision et stations radio.

Les journalistes se sont mobilisés jeudi au lendemain de la mort d'un collègue de Kitale, tué par trois hommes armés d'une kalachnikov. Selon ses confrères, la mort de Dennis Otieno, journaliste indépendant, est liée à son travail.

La semaine précédente, un journaliste du groupe Standard Digital, John Masha, était décédé chez lui, une mort que sa famille attribue à un empoisonnement. Le secrétaire général du syndicat des journalistes du Kenya, Eric Oduor, a lié ce décès à des plaintes d'un politicien local mécontent d'un article de M. Masha.

"La mort suspecte du journaliste du Standard John Masha illustre parfaitement l'environnement de plus en plus hostile dans lequel les journalistes kényans travaillent", a souligné Victor Bwire, directeur adjoint du Conseil des médias kényans, rappelant que plusieurs morts récentes de journalistes n'ont toujours pas été élucidées.

"Un certain nombre de journalistes ont dû faire face à des harcèlements graves, non seulement de la part de responsables du gouvernement, mais aussi de responsables locaux, d'activistes politiques, d'hommes d'affaires et de gangs organisés", a ajouté la même source.

"Malgré les nombreuses tentatives de la part d'organisations soutenant les médias d'obtenir des enquêtes, nous n'avons connaissance d'aucune démarche digne de ce nom", a regretté M. Bwire.

Le Kenya, pays à l'histoire jalonnée d'assassinats politiques, occupe la 95e place (sur 180 pays) du classement mondial de la liberté de la presse établi par l'organisation Reporters sans frontières. En mai 2015, RSF avait appelé le secrétaire d'Etat américain John Kerry, alors en visite au Kenya, à aborder la question de la sécurité des journalistes avec les autorités kényanes.

Avec AFP

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