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John Kerry sur le Yémen : "Les Américains sont limités dans leur capacité à produire une solution politique"


John Kerry.

John Kerry.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry est arrivé en Arabie saoudite pour tenter de trouver une solution politique au Yémen où la guerre s'éternise avec des critiques croissantes sur son bilan humain.

M. Kerry devait entamer en soirée ses entretiens avec le vice-prince héritier Mohammed ben Salmane, très influent fils du roi Salmane. Ce dernier le recevra jeudi.

Le chef de la diplomate américaine rencontrera en outre jeudi le médiateur de l'ONU Ismaïl Ould Cheikh Ahmed ainsi que ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) actif dans la coalition conduite par l'Arabie saoudite contre les rebelles au Yémen.

En mars 2015, Ryad a pris la tête d'une alliance arabe pour enrayer l'avancée des rebelles chiites Houthis qui étendaient leur emprise sur le Yémen voisin après avoir poussé à la fuite le président Abd Rabbo Mansour Hadi.

Avec une liste de victimes civiles qui s'allonge du fait notamment de la campagne aérienne de la coalition, l'Arabie saoudite fait face à des critiques croissantes d'organisations de défense des droits de l'homme.

Pour Peter Salisbury, qui collabore avec l'institut Chatham House, la "pression monte" dans certains milieux de l'administration américaine pour favoriser une issue rapide du conflit au Yémen qui a fait plus de 6.500 morts.

"Cependant, les Américains sont limités dans leur capacité à produire une solution politique", dit-il à l'AFP.

L'analyste rappelle que l'approche internationale pour résoudre ce conflit s'appuie sur la résolution 2216 du Conseil de sécurité de l'ONU, qui signifie, si elle est appliquée, une reddition des rebelles contrôlant la capitale Sanaa et une bonne partie du nord du Yémen.

"Demander aux rebelles de se rendre sans conditions ne marchera pas et il faut s'attendre à plusieurs mois de guerre", estime M. Salisbury.

Selon lui, ni les rebelles, soutenus par l'Iran chiite, ni le gouvernement Hadi, appuyé par l'Arabie saoudite sunnite, ne semblent prêts à faire des concessions.

Après 17 mois de conflit, les rebelles ne lâchent pas prise dans le nord du Yémen et les troupes gouvernementales tentent de leur reprendre Taëz, grande ville du sud-ouest, après avoir récupéré une bonne partie du sud.

Le gouvernement cherche également à enrayer la présence d'organisations jihadistes comme Al-Qaïda et le groupe Etat islamique dans le sud et le sud-est.

Pour les civils au Yémen, le pays le plus pauvre de la péninsule arabique, la situation humanitaire "continue de se détériorer", selon l'ONU.

Ils représentent environ la moitié des 6.500 morts du conflit tandis que des millions d'habitants sont en situation alimentaire précaire souffrant de pénuries d'eau et de l'absence de soins médicaux.

Les Etats-Unis n'ont cessé d'appeler leurs alliés du Golfe, piliers de la coalition anti-rebelles, à épargner les civils.

"Il est de plus en plus clair" que des responsables de l'administration américaine s'inquiètent des pertes civiles, souligne une source diplomatique à Ryad.

Le département d'Etat l'a clairement exprimé après la mort de 19 personnes dans un raid de la coalition le 15 août contre un hôpital du nord du Yémen, soutenu par Médecins sans frontières.

En plus des bombes de précisions fournies à la coalition, les Etats-Unis apportent une assistance logistique et en matière d'information à l'opération de la coalition, mais ils viennent de réduire, de 45 à 5, le nombre de conseillers directement affectés à cette opération.

Selon des sources diplomatiques yéménites, les Etats-Unis souhaitent un accord avant la fin de l'année et insistent pour une reprise des négociations de paix.

"C'est aussi ce que veulent les Saoudiens", affirme la source diplomatique à Ryad.

En l'absence de progrès, l'émissaire de l'ONU avait annoncé le 6 août la suspension, durant un mois, des pourparlers de paix. Les combats avaient ensuite repris de plus belle.

Dans un geste de défi au gouvernement Hadi qui tente d'administrer le Yémen depuis les régions du sud et Ryad, les rebelles et leurs alliés, les partisans de l'ex-président Ali Abdallah Saleh, ont nommé un conseil pour gouverner le pays.

Pour M. Salisbury, il est important d'élargir les négociations aux autonomistes du sud Yémen et à des représentants de la société civile. "Cela enverra comme message que la paix inclura tout le monde".

Avec AFP.

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