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Jacob Zuma bat la campagne avant des municipales serrées en Afrique du Sud


Le président sud-africain Jacob Zuma répond au Parlement à Cape Town, Afrique du sud, le 17 mars 2016.

Le président sud-africain Jacob Zuma répond au Parlement à Cape Town, Afrique du sud, le 17 mars 2016.

Le président sud-africain Jacob Zuma sillonne la campagne pour renouer avec les citoyens avant la prochaine élection municipale.

"Je t'aime mon président!", lance un passant dans le township sud-africain d'Hammanskraal, théâtre de violentes manifestations fin juin. Devant lui, tout sourire, le chef de l'Etat Jacob Zuma bat la campagne pour sauver les villes menacées par l'opposition lors des municipales du 3 août.

Fin juin, Hammanskraal était bien moins enthousiaste: la ville de 21.000 habitants a été secouée par des violences qui ont aussi embrasé d'autres townships de la périphérie de Pretoria. Les troubles ont fait cinq morts.

Les habitants protestaient contre le parachutage de Thoko Didiza comme candidate du parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), à la mairie de Tshwane, la municipalité qui englobe notamment Hammanskraal et Pretoria.

Mais mardi après-midi, le millier de personnes venues acclamer Jacob Zuma semblaient avoir déjà tourné la page, dans cette ville qui vote traditionnellement en masse pour l'ANC.

"Il y a eu des émeutes pour changer de candidat, mais au final nous suivons ce que l'ANC nous dit et nous sommes 100% derrière le président", affirme Macy Maake, une fonctionnaire contractuelle de 41 ans.

Hammanskraal n'a pourtant rien d'une "success story" dans la nouvelle Afrique du Sud, vingt-deux ans après la fin du régime raciste de l'apartheid.

Dans ce township rural où 99% de la population est noire, un tiers des habitants seulement dispose de l'eau courante, à peine deux-tiers de l'électricité et seul un jeune sur dix réussit des études universitaires, selon des statistiques officielles.

"Les gens ne manifestent pas pour détruire l'ANC mais pour que leur quotidien s'améliore", explique à l'AFP Judith February, chercheur à l'Institut des études de sécurité (ISS).

A la tribune, le président Zuma, veste en cuir aux couleurs vert et or de l'ANC, savoure l'ovation qui lui est réservée, avant de rappeler, en zoulou, les réalisations du parti.

"Nous nous sommes battus et sacrifiés pour la démocratie. Tshwane est la maison de l'ANC et nous devons la garder entre nos mains", lance t-il sous les applaudissements nourris de la foule.

"Ce serait embarrassant si d'autres partis s'emparaient de villes dans le Gauteng", la province de Tshwane, concède-t-il.

Bataille serrée

La présence du président dans cette métropole n'a rien d'un hasard: Tshwane est une des municipalités qui pourrait tomber le 3 août entre les mains du principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA).

Selon un dernier sondage de l'institut Ipsos South Africa, la DA y compte près de 20 points d'avance sur l'ANC, au pouvoir depuis 1994.

"Nous avons rendez-vous le 3 août pour voir si les sondages ont raison, mais à l'ANC on croit en notre pouvoir. Nous sommes très confiants", se rassure Fikile Mbalula, ministre des Sports et cadre du parti venu accompagner le président à Hammanskraal.

Manifestement détendu, Jacob Zuma mouille lui-même sa chemise en rendant visite à plusieurs habitants, entrant dans leur salon pour écouter patiemment leurs doléances, suivi comme son ombre par la candidate locale, Thoko Didiza.

Menacé de nouvelles poursuites pour corruption, critiqué par l'opposition et ces dernières semaines par certains vétérans de l'ANC, le président a pu vérifier mardi que sa popularité restait importante dans des bastions historiques du parti.

"Il ne faut pas sous-estimer la capacité de Jacob Zuma à être en communion avec le peuple et à gagner des voix dans la rue", explique la chercheuse Judith February. "Il ne faut pas non plus oublier que l'ANC est toujours le parti dominant dans le pays", prévient-elle.

Un peu plus loin, en marge du rassemblement, quelques sceptiques ne partagent cependant pas l'enthousiasme général.

Faith Mothluni, volontaire dans une école de la ville, refuse de dire pour qui elle va voter mais déplore le "manque d'eau courante" et "les promesses vides" des dirigeants.

Siyabonga Masingi, 19 ans et au chômage, "hésite encore" entre voter pour l'ANC ou le parti de gauche radicale des Combattants pour la liberté économique (EFF).

Derrière eux, le convoi présidentiel quitte Hammanskraal sous les vivats de la foule: la défaite de l'ANC à Tshwane est encore loin d'être acquise.

Avec AFP

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