Liens d'accessibilité

Issoufou à la VOA : "La guerre au Mali est en partie gagnée"


Le président nigérien Mahamadou Issoufou (archives)

Le président nigérien Mahamadou Issoufou (archives)

Deux ans après son arrivée au pouvoir, le président nigérien a choisi la Voix de l'Amérique pour faire le bilan de son action. Entretien.

Près de trois mois après le début de l'intervention militaire au Mali, peut-on dire que le combat contre les djihadistes est gagné ?

Mahamadou Issoufou : "Oui, on peut dire que le combat est en partie gagné. Beaucoup de terroristes ont été éliminés, le Nord du Mali est aujourd'hui libéré tout comme grandes villes occupées par les terroristes et le crime organisé. Cependant, les terroristes et les trafiquants de drogue vont encore organiser des actions asymétriques et des attentats. Le combat n'est donc pas totalement gagné mais des résultats importants ont été obtenus."

Combien de temps l’armée nigérienne compte-elle rester au Mali ?

Mahamadou Issoufou : "Le temps qu'il faut. J'ai toujours considéré les menaces au Mali comme une question de sécurité intérieure. Nous resterons pour que la paix et la démocratie soient rétablies au Mali et que la démocratie."

Dans cette lutte contre le terrorisme, Niamey accueille sur son sol des drones et une centaine de militaires américains. Quelle est leur mission ?

Mahamadou Issoufou : "La mission des forces qui sont dans le Sahel est de combattre le terrorisme. En ce qui concerne les drones, qu'ils soient américains ou français, l'objectif est de recueillir des renseignements. Sans eux, nous sommes aveugles. Nous avons une vaste zone à surveiller au Niger avec les frontières avec le Mali et la Libye. Nous pouvons désormais anticiper et préparer la réponse adéquate face à ces menaces."

Qu'avez-vous obtenu en échange de la part de Washington ?

Mahamadou Issoufou : "Ce que nous obtenons en échange, c'est la sécurité de notre pays. Nous avons des menaces qu'il faut juguler. Il n'y a rien de plus précieux que la paix. Sans sécurité, il n'y a pas de développement."

Autre aide étrangère, celle de la France : que font les soldats français à Aguelal ?

Mahamadou Issoufou : "Nous avons des intérêts à protéger compte tenu de ce qui se passe dans la zone. Rappelez-vous l'attaque du site gazier d'In-Amenas en Algérie. Nous avons au Niger des sites stratégiques, en particulier les sites d'exploitations d'uranium. Il est donc normal que nous prenions des mesures pour anticiper et protéger ces sites."

Certains vous accusent de manquer de transparence dans la clarification de cette aide militaire occidentale. Quelle est votre réponse ?

Mahamadou Issoufou : "C'est une critique infondée. On connait les effectifs et les missions de ces forces. Il n'y a pas d'opacité dans nos relations avec les pays amis."

Est-ce que vous ne craignez pas que le Niger ne devienne la cible d'attaques terroristes ?

Mahamadou Issoufou : "Dans tous les cas, la menace est présente dans les pays autour de nous. Le Niger prend les dispositions nécessaires pour anticiper et jusqu'ici nous y sommes arrivés. Le Niger reste un îlot de paix et de sécurité dans un environnement difficile. Nous continuerons de protéger notre peuple et notre territoire."

Quelles sont les nouvelles dont vous disposez concernant les otages français enlevés à Arlit en 2010 ?

Mahamadou Issoufou : "La seule information c’est qu'ils sont vivants. On ne sait pas où ils sont détenus. J'espère que nous arriverons à les libérer."

La guerre au Mali c'est aussi un drame humanitaire. 6000 nouveaux refugies maliens sont arrivés au Niger la semaine dernière. Votre pays déjà fragile peut-il faire face à la situation ?

Mahamadou Issoufou : "Le Niger a besoin d'avantage d'aide de la communauté internationale. Nous essayons d'organiser la solidarité avec les réfugiés maliens qui sont 50 000 dans notre pays. Nous partageons le peu que nous avons avec eux."

Votre pays reste fragile, 186e au classement de l'Indice de développement humain du PNUD. Est-ce un constat d’échec ?

Mahamadou Issoufou : "Non, nous sommes sur la bonne voie. En 2012, le taux de croissance a atteint près de 11%. Le Niger a encore beaucoup à faire."

Le risque de famine est-il écarté pour cette année au Niger ?

Mahamadou Issoufou : "Oui, le risque est écarté. Apres deux sécheresses consécutives et des inondations, il n'y a pas eu de famine dans le pays. Nous avons apporté la preuve que sècheresse n'est pas synonyme de famine."

Personne ne conteste votre gestion rigoureuse des deniers publics. En revanche, beaucoup sont déçus concernant la transparence de la transition menée par le General Salou Djibo. Y a t-il des personnes intouchables au Niger ?

Mahamadou Issoufou : "Non, personne n'est au-dessus des lois, qu'on soit riche ou pauvre. Nous avons mis en place des structures pour lutter contre la corruption et la mauvaise gestion et nous obtenons des résultats. Toute la lumière a été faite sur la transition. N'écoutez pas les adversaires qui veulent diviser les Nigériens."

Ce week-end des étudiants ont manifesté à Niamey pour dénoncer l'exploitation de l'uranium par Areva dans votre pays. Fin 2012, Niamey a parlé d'un partenariat très déséquilibré. Allez-vous prendre des mesures concrètes ou le géant français est-il trop puissant ?

Mahamadou Issoufou : "Notre position a toujours été claire. Nous voulons un partenariat gagnant-gagnant. Il faut que les ressources de notre pays profitent aux Nigériens. C'est un combat global que nous devons poursuivre."

Au vue de tous les défis du Niger, un mandat sera-t-il suffisant ?

Mahamadou Issoufou : "Un mandat présidentiel n'est jamais suffisant compte tenu des efforts qu'il faut faire au Niger et dans d'autres pays africains. Je me suis engagé pour cinq ans pour réaliser un programme précis et je pense que je le réaliserai. Pour l'instant, je me concentre sur le mandat que le peuple m'a confié."

Propos recueillis par Nicolas Pinault
XS
SM
MD
LG