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Israël ferme face aux détenus palestiniens en grève de la faim

  • VOA Afrique

Le chef de file du Fatah Marwan Barghouti est jugé à la cour de Justice de Jérusalem, le 25 janvier 2012.

Israël a annoncé mardi qu'il ne négocierait pas avec les plus de 1.000 prisonniers palestiniens ayant entamé la veille une grève de la faim pour réclamer des conditions "dignes" de détention.

"L'appel à la grève de la faim est contraire au règlement" de la détention, a affirmé le ministre de la Sécurité intérieure Gilad Erdan. "Il s'agit de terroristes et d'assassins enfermés qui reçoivent ce qu'ils méritent et nous n'avons pas de raisons de négocier avec eux", a-t-il ajouté à la radio militaire.

1.300 détenus, selon l'Autorité palestinienne, refusent depuis lundi matin de s'alimenter dans différentes prisons israéliennes, un mouvement inédit depuis 2013 et initié par le leader Marwan Barghouti.

Ils sont issus de toutes les mouvances politiques palestiniennes, du Fatah du président Mahmoud Abbas et de son grand rival Marwan Barghouthi, aux partis de la gauche en passant par le Hamas islamiste qui a salué "les valeureux prisonniers" grévistes.

"Têtes couronnées et estomacs vides", titrait mardi le quotidien palestinien al-Hayat al-Jadida, en soulignant le "soutien du peuple" après la tenue de manifestations de solidarité à travers les Territoires occupés.

Dès lundi, l'administration pénitentiaire israélienne a procédé à des transferts pour tenter de briser ce mouvement. M. Barghouthi, régulièrement en tête dans les sondages sur une hypothétique présidentielle palestinienne, et d'autres figures du mouvement, ont ainsi été envoyés vers d'autres prisons et placés à l'isolement.

Le ministre israélien du Renseignement Israël Katz a plaidé sur Twitter pour "la peine de mort pour les terroristes", dénonçant "un assassin ignoble comme Barghouthi qui fait grève pour améliorer ses conditions de détention alors que les proches de ses victimes se souviennent et souffrent".

M. Barghouthi purge cinq peines de perpétuité pour des attentats meurtriers durant la deuxième Intifada (2000-2005).

Il a expliqué dans une tribune publiée lundi par le New York Times qu'avec cette grève de la faim il voulait "démontrer une fois de plus que le mouvement des prisonniers est la boussole qui guide la lutte (des Palestiniens) pour la liberté et la dignité".

'Pas seuls'

La question des prisonniers est cruciale pour les Palestiniens, alors que 850.000 d'entre eux ont été incarcérés depuis 1967 et l'occupation des Territoires palestiniens, selon leurs dirigeants. Chaque famille, répètent régulièrement responsables et anonymes, a au moins un membre en détention ou passé par la prison. A tel point que chaque année depuis 1974, le 17 avril marque une journée nationale de mobilisation en faveur des prisonniers.

Des milliers de Palestiniens ont ainsi défilé lundi "pour dire aux prisonniers qu'ils ne sont pas seuls, alors que c'est ce qu'Israël tente de leur dire", a expliqué à l'AFP Fadwa Barghouthi, l'épouse de Marwan Barghouthi, et elle-même un haut cadre du Fatah.

Dans le même temps, M. Abbas et sa diplomatie appelaient "la communauté internationale à intervenir immédiatement pour sauver la vie des détenus grévistes de la faim", multipliant les contacts tous azimuts avec les capitales étrangères.

Les prisonniers demandent entre autres des téléphones publics dans les prisons, des droits de visite élargis, la fin des "négligences médicales" et des mises à l'isolement, ainsi que l'accès à des chaînes télévisées et de la climatisation.

Ces dernières années, plusieurs Palestiniens se sont lancés dans des grèves de la faim individuelles pour protester contre des abus. Elles les ont menés au bord de la mort et se sont conclues par des accords sur leur libération. Certains ont toutefois été arrêtés de nouveau ensuite.

Ces initiatives individuelles ont suscité de vifs débats dans la société palestinienne, de nombreuses voix dénonçant des actes dangereux pour ceux qui les mènent et sans impact sur les conditions de l'ensemble des prisonniers.

La dernière grève massive dans les prisons israéliennes remonte à février 2013, lorsque 3.000 Palestiniens avaient refusé de se nourrir, durant une journée, pour protester contre la mort en détention d'un des leurs.

Parmi les 6.500 Palestiniens actuellement détenus par Israël, figurent 62 femmes et 300 mineurs. Environ 500 d'entre eux sont sous le régime extra-judiciaire de la détention administrative qui permet une incarcération sans procès ni inculpation. Treize députés sont aussi emprisonnés.

Avec AFP

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