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Réunion de la coalition anti-jihadiste assombrie par un raid meurtrier en Syrie


Rex Tillerson, Secrétaire d'Etat à Séoul le 17 mars 2017.

Les 68 pays qui se battent en Irak et en Syrie contre le groupe Etat islamique (EI) sont au grand complet mercredi à Washington, mais cette réunion de la coalition est assombrie par un raid qui aurait tué des dizaines de civils près de Raqa.

Il s'agit d'un baptême du feu pour le très discret secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson qui accueille des dizaines de ses homologues étrangers, certains pays s'interrogeant sur la stratégie de Donald Trump qui ne cesse de marteler qu'il va "démolir" les jihadistes.

Le nouveau président américain a été élu sur un programme de politique étrangère isolationniste et veut doper le budget de la défense de 10%, contre une baisse de 28% des ressources de la diplomatie. Dans ce contexte, il avait demandé au Pentagone de lui fournir un plan complet visant à "éradiquer de la planète cet ennemi abominable", le groupe EI.

Mais cette dixième réunion de la "coalition mondiale" anti-jihadistes - mise sur pied en septembre 2014 par le président de l'époque Barack Obama - risque d'être dominée par la mort d'au moins 33 civils près de Raqa - capitale de facto de l'EI - dans un raid présumé de cette coalition sur une école servant de centre de déplacés.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), la frappe a eu lieu mardi matin au sud d'Al-Mansoura, une ville tenue par l'EI dans la province septentrionale de la Syrie, régulièrement visée par des raids des avions de la coalition.

- 'Enquête' de la coalition -

Cette dernière a indiqué mercredi qu'elle allait mener une "enquête".

Les militaires de la coalition ont déjà été montrés du doigt la semaine dernière pour un bombardement qui aurait fait des dizaines de victimes civiles dans une mosquée. Les Etats-Unis ont contesté avoir bombardé un lieu de culte et, fait exceptionnel, ont publié très rapidement une photo du site touché pour appuyer leurs dires. Selon eux, le bâtiment frappé, près de la mosquée, abritait une réunion de chefs d'Al-Qaïda, dans le village d'al-Jineh, dans l'ouest de la province d'Alep (nord).

La réunion de la coalition à Washington se tient dans un contexte de désaccords entre certains pays sur la stratégie à suivre, tant à Raqa qu'à Mossoul, le bastion de l'EI en Irak que les forces locales tentent de reprendre.

En Syrie, Raqa est désormais quasiment isolée du monde, les principales voies de communications ayant été coupées par les forces kurdo-arabes alliées de la coalition. Les militaires américains envisagent que les jihadistes ne contrôlent bientôt plus qu'un ultime bastion dans la vallée de l'Euphrate, Deir Ezzor (est).

Le Pentagone a annoncé mercredi que l'artillerie américaine soutenait une offensive contre un barrage stratégique près de Raqa.

Mais en termes de stratégie, les Etats-Unis et la Turquie s'opposent sur la force qui doit conduire l'assaut final sur cette ville.

La Turquie ne veut pas que les milices kurdes YPG, qu'elle considère comme un groupe "terroriste", y participent. Or, ces milices sont le fer de lance de la coalition arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS), que le Pentagone juge être les plus à même de reprendre Raqa rapidement.

L'une des options serait d'équiper les FDS en armes lourdes. Une autre option plus acceptable pour Ankara serait de dépêcher des renforts américains pour les épauler. Le Pentagone envisage ainsi d'envoyer un millier de soldats supplémentaires en Syrie, ce qui doublerait l'effectif de quelque 850 militaires déployés dans ce pays ravagé par la guerre depuis mars 2011 (320.000 morts).

En outre, la coalition doit répondre à la question du futur statut des territoires libérés en Syrie: autonomie ou retour dans le giron du régime.

Revitalisées par le soutien militaire russe depuis septembre 2015, les forces syriennes ont progressé dans le nord et sont désormais tout près de Minbej, une ville libérée par les FDS.

Côté français, une source diplomatique a dit "attendre des réponses" de Washington sur "comment et avec qui" Raqa sera reconquise.

Quant à Mossoul, le Premier ministre irakien Haider al-Abadi, reçu lundi par Donald Trump, a plaidé pour que l'aide américaine s'"accélère".

Les forces irakiennes, soutenues par la coalition, ont lancé le 17 octobre l'offensive pour reprendre la ville. Après en avoir conquis fin janvier les quartiers orientaux, les forces irakiennes mènent depuis le 19 février une opération sur l'ouest de la cité. Au Pentagone, on estime que la victoire à Mossoul est inéluctable, même si des combats très durs sont encore à attendre dans la vieille ville.

Selon Washington, l'EI a perdu 65% des territoires en Irak et en Syrie qu'il détenait à son apogée en 2014.

Avec AFP

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