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Internet coupé et télécommunications perturbées pour la présidentielle en Gambie


Les Gambiens font la queue pour procéder à leur vote à Banjul, Gambie, le 1er décembre 2016.

Les Gambiens votaient jeudi pour élire leur nouveau président parmi trois candidats, dont le sortant Yahya Jammeh, au pouvoir depuis 22 ans, et un candidat d'une large coalition de l'opposition, Adama Barrow, sur fond de graves perturbations des télécommunications.

Depuis mercredi soir, peu après 20H00 locales (et GMT), le réseau internet est coupé dans ce pays d'Afrique de l'ouest. Les appels internationaux et SMS de et vers la Gambie ne passaient pas, mais les communications à l'intérieur du pays fonctionnaient, selon des journalistes de l'AFP.

Quelque 890.000 électeurs, sur près de 2 millions d'habitants, devront départager Yahya Jammeh, Adama Barrow - patron d'agence immobilière auparavant inconnu du grand public et ayant mobilisé des marées humaines pour ses rassemblements -, et Mama Kandeh, ancien député du parti au pouvoir représentant une nouvelle formation.

Les trois candidats sont tous âgés de 51 ans, étant nés en 1965, année de l'indépendance de cette ex-colonie britannique, enclavée dans le territoire du Sénégal, hormis sa façade atlantique.

A Banjul, la capitale, de longues files d'électeurs - incluant des membres des forces de défense en uniforme - étaient visibles devant les bureaux de vote, qui doivent fermer à 17H00.

Après avoir voté, Alhaji Momodo Nije, ex-footballeur international, a affirmé à l'AFP être un partisan de Yahya Jammeh. "C'est mon président, et il a beaucoup fait pour le développement de ce pays", a-t-il dit.

Un militaire faisant la queue avouait être encore indécis: "je ne sais pas encore, je verrai quand je serai dans le bureau de vote".

Le vote s'effectue selon un système unique au monde, au moyen de billes à déposer dans des bidons de couleurs différentes, une par candidat: vert pour Jammeh, gris pour Barrow et violet pour Kandeh.

Les premiers résultats sont attendus dans la nuit de jeudi à vendredi.

La Gambie n'a connu que deux présidents en un demi-siècle: le "père de la Nation" Dawda Jawara et Yahya Jammeh, porté au pouvoir par un coup d'Etat en 1994.

"Ils ne gagneront pas", avait lancé mardi soir au sujet de ses adversaires le chef de l'Etat sortant, élu pour la première fois en 1996 puis réélu trois fois.

Il a assuré qu'aucune fraude n'était possible et prévenu qu'il ne tolérerait aucune contestation électorale par des manifestations, mais exclusivement devant les tribunaux.

"Je vais gagner"

Joint par téléphone par l'AFP peu avant d'aller voter, l'opposant Adama Barrow a réaffirmé être sûr de sa victoire: "c'est très clair, c'est écrit que je vais gagner!".

Il a fustigé la coupure d'internet qui prive ses concitoyens d'information. "Les Gambiens doivent savoir ce qui se passe, les médias sociaux sont très importants pour cette élection", a-t-il dit.

Selon des analystes et l'opposition, c'est la première fois que le pouvoir de M. Jammeh, qui a survécu à de nombreuses tentatives de coup d'Etat, est sérieusement menacé par un scrutin, au terme d'une campagne marquée par l'expression d'un pluralisme inhabituel.

Car malgré les risques permanents d'arrestation, la parole se libère en Gambie depuis des manifestations organisées en avril pour réclamer des réformes politiques, puis pour protester contre la mort en détention d'un opposant.

Le chef du principal parti d'opposition, Ousainou Darboe, adversaire de M. Jammeh aux précédentes présidentielles, et une trentaine de co-accusés ont été condamnés en juillet à trois ans de prison ferme pour participation à un rassemblement illégal.

Cette répression a favorisé un rare mouvement d'unité de l'opposition autour d'un candidat commun.

Adama Barrow, relativement neuf en politique, s'est engagé à respecter scrupuleusement le mémorandum adopté par l'opposition, qui prévoit la mise en place d'un gouvernement de transition pendant trois ans, en rupture avec le pouvoir sans limite de M. Jammeh.

En dépit des critiques qu'il rejette régulièrement - son régime est accusé par des ONG et certaines chancelleries de disparitions forcées et de harcèlement de la presse et des défenseurs des droits de l'homme -, Yahya Jammeh compte de nombreux partisans.

Beaucoup de Gambiens portent à son crédit la stabilité du pays, dans une région secouée par de fréquents troubles civils et coups d'Etat, et certains progrès, notamment en matière d'éducation et de santé. Mais de nombreux autres fuient la pauvreté et la répression sur les routes de l'émigration clandestine.

Avec AFP

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