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Le Burundi risque la guerre civile, selon l'International Crisis Group


Des protestataires près d'une barricade en feu à Bujumbura, le 21 mai 2015. (AP Photo/Jerome Delay)

Des protestataires près d'une barricade en feu à Bujumbura, le 21 mai 2015. (AP Photo/Jerome Delay)

Avec une escalade de la violence et des discours de plus en plus radicaux, le Burundi risque de plonger dans la guerre civile, estime l'ICG vendredi. Le Conseil de sécurité de l'ONU soit se réunir lundi pour examiner la situation.

Selon le centre de réflexion, spécialisé dans la prévention des conflits, le Burundi "fait à nouveau face à de possibles atrocités à grande échelle et une possible guerre civile." "L'escalade de la violence, la rhétorique de plus en plus radicale et le flot continue de réfugiés (plus de 200 000) indiquent que les divisions se creusent", ajoute l’International Crisis Group (ICG), dans une "alerte conflit" reçue vendredi 6 novembre.​

Face à cette situation, le Conseil de sécurité de l'ONU se réunira lundi avec des représentants du Haut Commissariat aux droits de l'Homme et de l'Union africaine. "A notre demande, le Conseil de sécurité des Nations unies se réunira lundi 9 novembre sur la situation au Burundi", a déclaré le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, en s'inquiétant de "la dégradation continue de la situation" dans ce pays et en dénonçant "les discours de haine" qui menacent d'enflammer le pays.

"L'armée, seule institution capable d'arrêter cette glissade, est fracturée et proche du point de rupture. Une intervention diplomatique ferme et décisive est un minimum requis pour empêcher une guerre civile et ses inévitables massacres", avertit de son côté l'ICG.

Le centre s'inquiète de l'intention annoncée du camp présidentiel d'écraser par la force la contestation. Il dénonce aussi la rhétorique "dénuée d'ambiguïté" dont a récemment usé le président du Sénat, Révérien Ndikuriyon, "semblable à en donner froid dans le dos" à celle utilisée par les miliciens hutu partant massacrer les Tutsi lors du génocide qui fit 800 000 morts en trois mois en 1994 au Rwanda voisin.

Fin octobre, devant des responsables administratifs de Bujumbura, Révérien Ndikuriyo avait menacé de "pulvériser les quartiers" contestataires de la capitale, en rappelant les bombardements durant la guerre civile (1993-2006) des quartiers hutu, que l'armée - alors dominée par la minorité tutsi - accusait d'héberger des rebelles.

Des discours aux "relents ethniques"

"Aujourd'hui, les policiers tirent dans les jambes pour éviter de tuer quand ils sont la cible de grenades dans vos quartiers (...) Mais le jour où on va leur dire de travailler, ne venez pas pleurer !", avait lancé M. Ndikuriyo.

Ce verbe "travailler" n'est pas anodin dans la région. Il renvoie au génocide de 1994 au Rwanda : les miliciens hutu partant massacrer les Tutsi étaient enjoints à bien "travailler".

"Pour tenter de mettre fin à la crise, le pouvoir use désormais d'un discours dangereux, guerrier et ambigu, avec des relents ethniques. C'est une fuite en avant et on ne sait pas où il va s'arrêter", s'alarme un universitaire burundais ayant requis l'anonymat.

L'opposition a dénoncé des "messages de haine et de division". Un "génocide est en marche", a estimé Jérémie Minani, responsable du Cnared, large coalition de groupes opposés au troisième mandat de M. Nkurunziza.

"Mensonge! Personne ne prépare un génocide", a assuré à l'AFP un haut gradé de la police, se disant néanmoins "prêt à tout pour défendre la démocratie pour laquelle nous avons versé notre sang".

Ultimatum du président

Nombre des durs du parti présidentiel CNDD-FDD ont combattu dans ses rangs quand il était une rébellion hutu durant la guerre civile. Et certains d'entre eux ont martelé que les foyers contestataires de Bujumbura étaient surtout des quartiers tutsi.

Lundi, le président burundais Pierre Nkurunziza, dont l'acharnement à briguer un troisième mandat controversé a plongé son pays dans cette crise, a donné jusqu'à samedi minuit aux meneurs de la contestation pour "renoncer à la violence", indiquant que les forces de sécurité pourraient ensuite utiliser "tous les moyens" pour rétablir l'ordre.

"Les forces de l'ordre ont déjà tout utilisé en terme de violence, sans résultat. On peut se demander à quel palier on veut les faire passer", s'alarme un autre analyste burundais. "Si l'on met bout à bout tous ces appels, on peut craindre que cela débouche sur des violences de masse".

Ministre de la Sécurité publique, Alain-Guillaume Bunyoni, véritable numéro 2 du régime, a ainsi rappelé aux habitants des quartiers contestataires qu'ils étaient minoritaires face à la masse paysanne hutu des campagnes, largement favorable au président Nkurunziza.

"Si les forces de l'ordre échouaient, on a 9 millions de citoyens à qui il suffit de dire : 'Vous nous avez élus (...), faites quelque chose'", a-t-il lancé. "En quelques minutes, ils seraient ici ! Qui parmi ceux qui ne rentrent pas dans le rang survivrait dans ce cas ?"

Quelque 200 personnes ont été tuées au Burundi depuis le début de la crise qui a éclaté fin avril, après l'annonce de la candidature de M. Nkurunziza à un troisième mandat qui, selon l'opposition, la société civile et une partie de son propre camp, viole la Constitution et l'Accord d'Arusha ayant mis fin à la guerre civile et instauré un fragile équilibre politico-ethnique au sein du pouvoir.

Avec AFP

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