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La monarchie espagnole dans la tourmente : l'infante Cristina devant la justice


L'infante Cristina, Espagne. (AP Photo/Manu Fernandez, File)

L'infante Cristina, Espagne. (AP Photo/Manu Fernandez, File)

La sœur du roi d'Espagne Felipe VI, l'infante Cristina, son mari, et 16 autres personnes comparaissent à partir de lundi devant la justice pour une affaire de malversations.

L'événement est sans précédent et risque d'écorner l'image de la monarchie espagnole.

Le procès de l'affaire "Noos" se tient à partir de lundi 11 janvier et jusqu'au mois de juin à Palma de Majorque (archipel des Baléares, est).

Le mari de l'infante Cristina, Iñaki Urdangarin, 47 ans, ancien médaillé olympique de handball devenu homme d'affaires, est accusé - avec son ancien associé Diego Torres - de malversations ayant atteint six millions d'euros.

Urdangarin, au train de vie sans doute au-dessus de ses moyens réels, et son associé, auraient décroché ensemble de juteux contrats publics auprès des gouvernements des régions de Valence et des Baléares, surfacturant des prestations en échange de son influence présumée.

Ces prestations étaient facturées par l'Institut Noos et les fonds reversés à des sociétés écran dont la plus connue, Aizoon, appartenait à Cristina et à son mari.

Pendant des années, le juge chargé de l'enquête a tenté de démontrer que l'infante était parfaitement au courant des affaires de son mari et avait personnellement profité des sommes en cause.

Il a cependant fait face à la ferme résistance du procureur, qui a requis un non-lieu pour Cristina.

Fraude fiscale

Finalement, l'infante a échappé aux poursuites pour trafic d'influence et blanchiment d'argent et n'est accusée que de fraude fiscale, une inculpation demandée par l'association d'extrême droite Mains Propres, partie civile, qui réclame à son encontre huit ans de prison.

Urdangarin sera lui jugé pour détournements, fraude fiscale, trafic d'influence, escroquerie et blanchiment d'argent. Le parquet a requis 19 ans d'emprisonnement.

En l'absence de poursuites du parquet et du Trésor public, la sœur du roi garde encore une chance d'échapper au procès.

Dès la première audience, ses avocats plaideront en effet pour l'application de la "jurisprudence Botin" de la Cour suprême, ayant épargné en 2007 un procès au puissant banquier Emilio Botin. La Cour avait estimé que le fondateur de Banco Santander ne pouvait être jugé car ni le parquet ni les parties lésées n'avaient déclenché de poursuites.

La monarchie a tout à perdre

"L'application de cette jurisprudence (...) donnerait l'impression que la justice n'est pas la même pour tous", estime Pilar Urbano, spécialiste de la monarchie, décrivant une Espagne tolérant de moins en moins privilèges et corruption.

Cristina Federica Victoria Antonia de la très Sainte Trinité de Bourbon et de Grèce, âgée de 50 ans, a toujours nié avoir la moindre connaissance des faits reprochés à son mari et avoir agi par amour. "J'ai confiance en mon mari", avait-elle affirmé en février 2014 au juge, dans une salle où trônait encore l'image de son père Juan Carlos.

Quoi qu'il arrive, la monarchie a tout à perdre : si la princesse évite le procès, on criera au passe-droit et si elle reste accusée, son image sera ternie, estime José Apezarena, biographe de Felipe VI.

"Cela lui causera du tort de toutes les manières", estime-t-il évoquant la rupture de Felipe avec sa soeur, poussée à l'exil doré en Suisse et qui n'avait même pas été invitée au couronnement de son frère.

Avec AFP

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