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Incertitudes à Kunduz en Afghanistan


Un combattant taliban est assis sur sa moto ornée d'un drapeau taliban dans une rue à Kunduz, en Afghanistan (AP - 29 sept 2015)

Un combattant taliban est assis sur sa moto ornée d'un drapeau taliban dans une rue à Kunduz, en Afghanistan (AP - 29 sept 2015)

Les forces gouvernementales afghanes, soutenues par l'aviation américaine, tentaient mardi de reprendre aux talibans le contrôle de Kunduz (nord), au lendemain de sa prise surprise par les rebelles.

Lundi à l'aube, plusieurs centaines de talibans selon ces derniers, 2.000 selon le gouvernement, ont lancé une offensive sur Kunduz, dont ils ont pris le contrôle en quelques heures face à des forces gouvernementales en déroute.

Si cela ne fait pas basculer le pays, c'est la première fois depuis leur chute du pouvoir à la fin 2001 que les talibans, qui contrôlent surtout des territoires ruraux, conquièrent une grande ville. Leur plus grande victoire en près de 14 ans de rébellion.

Les rebelles encerclaient déjà largement la ville, qu'ils avaient tenté de prendre plusieurs fois cette année. Mais la facilité avec laquelle ils y sont parvenus, sans apparemment enregistrer de pertes massives, jette une lumière crue sur les limites des forces gouvernementales, qui les combattent seules sur le terrain depuis le retrait à la fin 2014 des troupes de combat de l'Otan.

Si quelques cohortes de rebelles peuvent prendre Kunduz aussi facilement, qu'est-ce qui les empêchera de faire de même avec les autres villes?

"C'est un désastre pour le gouvernement (du président afghan Asraf) Ghani", estime le journaliste et écrivain pakistanais Ahmed Rashid, spécialiste du conflit afghan et des talibans. Et un désastre en terme d'image pour les Occidentaux qui soutiennent M. Ghani, à commencer par les Etats-Unis qui ont dépensés des milliards de dollars depuis 2001 pour former des forces afghanes.

Pourquoi une offensive talibane maintenant?

Les talibans ont peut-être voulu marquer symboliquement le premier anniversaire, mardi, de l'entrée en fonction du président Ashraf Ghani, réputé proche de Washington et élu sur la promesse de pacifier et réunifier le pays.

Leur assaut intervient surtout alors que des divisions ont émergé au sein de leur commandement central à la suite de l'annonce tardive de la mort de leur chef historique, le mollah Omar, et son remplacement par son adjoint Akhtar Mansour, contesté par une partie du mouvement, dont la famille de son prédécesseur.

La prise de Kunduz, qui même temporaire assure aux talibans un retentissement international, pourrait permettre au nouveau chef des talibans d'asseoir sa légitimité.

Pourquoi les forces afghanes ont-elles cédé ?

Selon M. Rashid, au moment de l'assaut, 5.000 à 7.000 forces gouvernementales se trouvaient dans la province de Kunduz, qui ont été vite mises en déroute par les rebelles bien moins nombreux. Pas de quoi rassurer ceux qui s'interrogent sur leur capacité à contenir les talibans sans l'aide de l'Otan.

Premières victimes des innombrables attaques rebelles, les forces gouvernementales souffrent également de problèmes de discipline et désertions et du manque de soutien aérien, leur aviation restant rudimentaire.

Les talibans peuvent-ils garder Kunduz ?

Le scénario semble peu probable après l'arrivée sur place de l'aviation américaine en soutien des troupes gouvernementales, et le début de la contre-offensive de ces dernières.

Mais le mal est déjà fait: les rebelles, souvent décrits par Kaboul et les Occidentaux comme divisés et incapables de contrôler plus que des zones rurales, ont prouvé le contraire. Ils pourraient choisir de résister, ou au contraire éviter la contre-offensive en fuyant rapidement la ville ou s'y mêlant à la population locale.

"Cette attaque prouve que nous avons le soutien de la population locale, qui en a marre des chefs de guerre locaux et de leurs milices", a expliqué à l'AFP un commandant taliban afghan. La défiance d'une partie de la population locale vis-à-vis de milices pro gouvernementales souvent accusées d'exactions a peut-être en effet facilité l'avancée facile des rebelles.

Quid de l'Etat Islamique ?

Contrairement à l'Irak et à la Syrie, l'organisation Etat Islamique (EI), a du mal à s'implanter en Afghanistan, où la population accepte difficilement d'être dirigée par un pouvoir étranger.

L'EI a toutefois ces derniers mois attiré quelques groupuscules rebelles, notamment des talibans en bisbille avec leur commandement central. Mais le mouvement reste à ce stade très limité, vu les faibles ressources de ces groupes qui sont de plus attaqués de toute part (forces afghanes, drones américains, talibans). Le coup de force taliban à Kunduz ne fait de ce point de vue que repousser l'EI un peu plus dans l'ombre.

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