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Incendies au Canada : pour les Chipewyan "Dame nature est en colère"


Gigantesques feux de forêt près de Fort McMurray, Alberta, Canada, le 7 mai 2016. (Reuters/Mark Blinch)

Gigantesques feux de forêt près de Fort McMurray, Alberta, Canada, le 7 mai 2016. (Reuters/Mark Blinch)

Elmer McDonald, passe son temps à jouer du violon au pied de sa caravane. Comme tous les Amérindiens de la nation Chipewyan, il a été évacué des forêts en flammes de Fort McMurray, mais compte bien rentrer vite sur ses terres pour aller à la pêche.

"Dame nature est en colère", dit Elmer McDonald. "Ils jouent trop avec la nature, quelqu'un doit bien finir par en payer le prix", ajoute-t-il en accusant les groupes pétroliers et forestiers actifs dans la région de polluer l'environnement et de détruire l'écosystème.

Les feux sont un élément naturel du cycle écologique de l'immense forêt boréale qui s'étend au nord du Canada, contribuant à la reproduction des conifères.


Lorsque les arbres matures brûlent, la chaleur extrême fait exploser leurs pommes qui projettent des graines, lesquelles feront renaître la végétation sur les brûlis.

Les étendues ravagées par les flammes forment aussi des barrières naturelles et le feu n'y reviendra pas à coup sûr avant plusieurs décennies.

Mais dans le nord de l'Alberta, l'intensité de l'activité humaine, avec la présence d'une grande ville comme Fort McMurray, des mines de sables bitumineux et de coupes claires en forêt, ont brisé ce cycle naturel, déplorent les autochtones et des experts des feux de forêt.

"Il y a toujours eu des feux de forêt mais maintenant c'est beaucoup trop sec. Cela n'a jamais été aussi sec", constate Fred Black, un Chipewyan qui blâme "les changements climatiques".

"Notre mode de vie traditionnel n'épuisait pas la terre. Mais maintenant, en plus des feux, il y a les compagnies minières et tous les bûcherons qui coupent les arbres, ça change tout", dit-il à l'AFP.

C'est la deuxième fois depuis une vingtaine d'années qu'Elmer McDonald et les siens doivent quitter leur réserve à cause des incendies: "Il n'y a rien de nouveau pour moi, c'est comme la guerre, vous livrez une bataille et vous recommencez à nouveau".

- Implorer la pluie -

C'était une course folle pour échapper aux flammes, raconte Sheila Janvier, une femme chipewyan, en rappelant l'évacuation de la réserve située à 140 km au nord de Fort McMurray. Et d'évoquer ces deux adolescentes qui ont pris la fuite à dos de cheval.

Après son arrivée à Lac La Biche, bourgade au sud de Fort McMurray où elle a été évacuée avec une grande partie de sa communauté, l'une des premières choses qu'elle s'est empressée de faire a été de s'avancer dans le lac jusqu'à la taille en implorant les cieux pour qu'il pleuve.

Quelques gouttes sont bien tombées dimanche soir, mais pas assez pour éteindre les feux.

"Les gens ont perdu beaucoup de choses, mais ils sont encore en vie, savent où aller, ont un toit sur la tête, je pense que c'est le plus important. Les choses matérielles, ça se remplace", philosophe Sheila Janvier.

Shauna Janvier, la soeur de Sheila, demeure néanmoins anxieuse. "Fort McMurray, c'est là qu'on allait pour l'épicerie, pour nos achats, j'ai aussi un frère qui y vit", dit-elle à l'AFP. "Cela nous touche, ça nous touche vraiment".

Près de sa caravane, Elmer McDonald, lui, s'intéresse plus au sort de la nature qu'à celui des infrastructures: "Les animaux ont sûrement péri dans les flammes, ils n'ont pas dû pouvoir s'enfuir".

Rencontré au centre d'accueil des évacués de Lac La Biche et loin de toutes ces considérations, Donald Janvier, de Fort McMurray (sans lien de parenté avec Sheila et Shauna) a déjà hâte de rentrer.

"C'est tranquille là bas, tu vas pêcher, chasser ou poser des pièges, tu es en lien avec la nature. C'est tellement beau". "Mais évidemment, maintenant ça ne sera plus pareil".

Avec AFP

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