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Hong Kong compte interdire le commerce de l'ivoire


Saisie d'ivoire à Bangkok le 18 décembre 2015.

Saisie d'ivoire à Bangkok le 18 décembre 2015.

Hong Kong, considérée comme une plaque tournante de la contrebande de l'ivoire, compte en interdire les importations et exportations, a annoncé mercredi son gouvernement, une décision "historique" selon des défenseurs de l'environnement.

L'ex-colonie britannique autorise toujours la vente d'objets en ivoire issus des stocks officiels constitués avant l'interdiction de ce commerce en 1990, en théorie uniquement à destination du marché insulaire.

Mais des ONG comme Save The Elephants accusent les trafiquants de profiter de cette législation pour se livrer à une contrebande à grande échelle, menaçant la survie des éléphants.

Dans un rapport présenté en juillet à Nairobi, l'organisation affirmait ainsi que des défenses récemment braconnées étaient en effet vendues sous la fausse appellation d'ivoire ancien et que plus de 90% des ventes étaient à destination de la Chine continentale.

Le chef du gouvernement hongkongais Leung Chun-ying a affirmé mercredi aux députés lors de son discours de politique générale que son équipe était déterminée à éradiquer le commerce de l'ivoire à Hong Kong.

"Le gouvernement est très préoccupé par le braconnage des éléphants d'Afrique. Il lancera dès que possible les procédures législatives pour interdire les importations et exportations des trophées de la chasse aux éléphants", a-t-il déclaré.

Il a ajouté que les ministres étudieraient "activement les autres mesures appropriées" pour en finir avec le commerce local de l'ivoire.

"Nous allons prendre des mesures pour interdire totalement la vente de l'ivoire à Hong Kong",a ensuite affirmé M. Leung aux journalistes. "Ce sera une interdiction totale, a-t-il insisté. Et en ce qui concerne le calendrier, nous allons le faire rapidement, aussi vite que possible".

- 8 tonnes d'ivoire saisies en 2013 -

Hong Kong possède l'un des terminaux à containers et l'un des aéroports les plus actifs au monde. Les saisies d'ivoire de contrebande y sont monnaie courante. Elles avaient atteint en 2013 un record de 8,04 tonnes.

L'annonce du chef de l'exécutif a été saluée par les défenseurs de l'environnement qui ont également exhorté l'ancienne colonie britannique à agir au plus vite.

"Nous sommes enchantés que le gouvernement annonce finalement qu'il va cesser le commerce local de l'ivoire", a déclaré à l'AFP Alex Hofford, de WildAid. "Nous exhortons maintenant le chef de l'exécutif à mettre en place un calendrier et à prendre au plus vite des actions concrètes", a-t-il ajouté.

Plus de 30.000 éléphants sont massacrés chaque année afin de satisfaire la demande d'ivoire en Chine et en Asie du sud-est, où le kg d'ivoire s'échange à plus de 2.000 dollars (1.790 euros).

Dans les années 60, Hong Kong était l'un des plus célèbres centres de sculpture sur ivoire au monde.

Selon les chiffres officiels, 242 tonnes d'ivoire ont été vendues à Hong Kong entre 1990 et 2008, une moyenne de 13 tonnes par an. Les ventes ont marqué le pas depuis 2010, à une tonne par an environ.

"L'histoire montre que les ventes légales d'ivoire ne sont qu'une couverture du commerce illégal, qui alimente le braconnage en Afrique. Hong Kong a toujours été l'épicentre de ce commerce", a déclaré dans un communiqué Peter Knights, de l'organisation WildAid, en qualifiant d'historique l'annonce du gouvernement de Hong Kong.

L'ONG Elephants without borders estime à 470.000 le nombre d'éléphants d'Afrique vivant en liberté, contre 550.000 en 2006.

Selon l'un des co-auteurs du rapport présenté en juillet, Esmond Martin, "il n'y a pas une autre ville au monde où il y a autant d'objets en ivoire à vendre que Hong Kong". Le rapport a recensé 30.800 objets - bijoux et figurines essentiellement - en vente dans 72 magasins.

La frontière avec la Chine continentale étant traversée par 40 millions de personnes par an, avec des contrôles douaniers réduits au minimum, ce commerce mine les efforts pour éviter une extinction des pachydermes.

Le marché de l'ivoire commence à s'effondrer, selon la CITES

Les efforts menés dans le monde pour éliminer le commerce illégal d'ivoire font chuter les prix, a déclaré mardi le responsable de la Convention CITES, convaincu que le marché commençait à s'effondrer.

"Nous voyons le prix de l'ivoire couler", a affirmé John Scanlon, secrétaire général de la Convention sur le commerce international des espères de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES).

"Nous assistons au début de l'effondrement du marché", a-t-il déclaré à l'AFP en marge d'une réunion à Genève consacrée au commerce illégal d'animaux.

Le commerce de l'ivoire est interdit, à de rares exceptions, depuis 1989 à la suite de la diminution dramatique de la population d'éléphants d'Afrique, passée de plusieurs millions dans les années 50 à à peine 600.000 à la fin des années 1980.

Mais quelque 30.000 pachydermes continuent à être massacrés chaque année pour alimenter le marché noir de l'ivoire, qui draine des milliards de dollars en Asie.

Les réseaux de mafia, mais aussi certaines milices rebelles africaines à la recherche de sources de revenus, entretiennent cette contrebande.

Mais dans un rapport publié en décembre dernier, l'organisation Sauver les éléphants, basée au Kenya, a annoncé que le cours de l'ivoire brut en Chine avait été divisé par deux en l'espace de 18 mois, chutant de 1.900 euros le kilo à la mi-2014 à 1.000 euros.

Le gouvernement chinois a pris récemment des mesures pour réduire le commerce légal et illégal d'ivoire -- sans toutefois imposer une interdiction totale -- et les consommateurs chinois commencent à prendre conscience de l'impact de ce commerce sur les éléphants d'Afrique.

Selon M. Scanlon, l'effondrement des prix envoie un message clair aux spéculateurs qui entretiennent ce trafic.

Les pays concernés intensifient la lutte contre la contrebande, infligeant des peines de plus en plus sévères aux braconniers, intermédiaires et acheteurs.

Le trafic d'ivoire "est en train de changer, passant d'une activité faiblement risquée et très lucrative à un commerce très risqué et peu rentable", a-t-il souligné, en exprimant l'espoir que la chute des prix puisse contribuer à la disparition de cette contrebande.

Aujourd'hui, l'Afrique ne compte plus que 450.000 à 500.000 éléphants, et dans les zones les plus touchées du centre et de l'ouest, le nombre d'animaux tués dépasse celui des naissances.

"Nous sommes confrontés à des niveaux terrifiants de braconnage et de contrebande", a déclaré à la conférence de la CITES la représentante du Niger, Mariama Ali Omar.

Avec d'autres délégués, elle a appelé à la destruction des stocks d'ivoire et demandé aux Etats qui autorisent encore le commerce de l'ivoire issu d'éléphants domestiques d'"y mettre fin".

"Cela nous aiderait à faire baisser la demande (...) et à empêcher les trafiquants de se servir du commerce légal comme couverture pour écouler leur marchandise", a-t-elle dit.

La réunion de Genève proposera une liste de recommandations qui seront soumises à la Conférence mondiale de la CITES qui se tiendra en septembre en Afrique du Sud.


Avec AFP

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