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Un mort et des blessés après une manifestation de centaines de milliers d'opposants en Guinée


Des milliers de partisans de Cellou Dalein Diallo, lors d'un grand rassemblement à Conakry, le 8 octobre 2015. (AP Photo/Youssouf Bah)

Des milliers de partisans de Cellou Dalein Diallo, lors d'un grand rassemblement à Conakry, le 8 octobre 2015. (AP Photo/Youssouf Bah)

Un jeune homme a été tué et une dizaine d'autres personnes blessées mardi à Conakry après une manifestation de centaines de milliers de partisans de l'opposition guinéenne, a-t-on appris de sources concordantes.

Le rassemblement - de 700.000 personnes selon le chef de l'opposition Cellou Dalein Diallo, de moins de 500.000 personnes selon les forces de l'ordre - s'était déroulé sans incident notable, mais c'est sur le chemin du retour que les violences ont éclaté, selon les mêmes sources.

La victime, Thierno Hamidou Diallo, 21 ans, "a reçu une balle en pleine poitrine tirée par un agent des forces de l'ordre alors qu'il était assis sur le balcon de son appartement à Bambéto sur l'autoroute Le Prince", en banlieue de Conakry, a affirmé à l'AFP son frère, Mamadou Dian Diallo.

"Moi-même j'ai entendu le coup de feu mais je ne pouvais pas imaginer que son auteur visait mon frère", a-t-il expliqué, indiquant avoir déjà perdu un de ses frères en 2013 dans des manifestations politiques.

Un correspondant de l'AFP a vu le corps de la victime à la clinique Mère et Enfant avant son transfèrement à la morgue de l'hôpital Ignace-Deen.

Le ministre de la Sécurité Abdoul Kabélè Camara a confirmé, dans une déclaration lue dans la soirée à la télévision d'Etat, que des troubles avaient éclaté en fin d'après-midi "aux alentours du rond-point de Bambéto, entraînant une intervention de la police au cours de laquelle "deux cas de blessures graves par balles, dont un mortel, ont été enregistrés".

L'auteur présumé des tirs, un capitaine de police a été identifié et interpellé et "mis immédiatement à la disposition de la Direction centrale de la police judiciaire", a affirmé le ministre, exprimant les regrets des forces de sécurité "malgré les consignes strictes données".

Le chef de l'opposition, qui a présenté ses condoléances à la famille et s'est rendu à la clinique, a demandé aux jeunes de quitter les rues après cette mort.

"Nous allons porter plainte contre X, même si nos plaintes n'ont jamais été acceptées par les tribunaux guinéens depuis que M. Alpha Condé a pris le pouvoir, mais nous allons nous battre encore contre cet état de fait", a déclaré M. Diallo à des journalistes.

Outre ce décès, le gouvernement a fait état de douze blessés et six interpellations.

"Mauvaise gouvernance"

Dans l'après-midi, la manifestation proprement dite, sur 15 km, de la banlieue vers le centre-ville, pour terminer à l'Esplanade du stade du 28 septembre, où s'est tenu un meeting géant, s'était pourtant déroulée dans le calme.

Outre M. Diallo, chef de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), deux autres candidats malheureux à l'élection présidentielle d'octobre 2015 - Faya Millimono, du Bloc libéral (BL), et Papa Koly Kourouma, de Génération pour la réconciliation, l'unité et la prospérité (Grup) - se trouvaient parmi les dirigeants présents dans le cortège.

"Alpha démission, Alpha incapable, Alpha ça suffit, Alpha tu ne peux pas, les étudiants chôment, nous voulons du travail", scandait la foule, parmi laquelle on pouvait lire sur des pancartes: "Mort à la dictature", "Non à la stigmatisation", "A bas l'ethnocentrisme" ou encore "Vive la démocratie".

M. Diallo a salué une "grandiose mobilisation", preuve selon lui du "rejet de la dictature et la mauvaise gouvernance de M. Alpha Condé".

Le président Condé "a mis tout le monde au chômage, il a chassé les miniers, dont Rio Tinto et Vale qui étaient les seuls capables de créer des emplois et d'offrir à notre jeunesse des emplois décents, ils ont tous fermé leurs portes et quitté la Guinée", a-t-il encore affirmé.

M. Diallo faisait notamment référence au gigantesque projet de Simandou, gisement de minerai de fer dans le sud du pays, dont le groupe minier britannico-australien Rio Tinto a reconnu en juillet qu'il ne pourrait le mener à bien en l'état actuel des cours mondiaux.

Malgré cette déconvenue et "le défi que représente le financement du projet", le gouvernement a affirmé le 4 juillet mettre "tout en oeuvre" pour en assurer le financement et compter "sur les parties signataires du cadre d'investissement pour respecter leurs engagements".

Avec AFP

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