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Guinée-Equatoriale : pas d'école pour les filles enceintes


Des élèves marchent après la classe, à Bata, Guinée-équatoriale, le 17 janvier 2012.

Des élèves marchent après la classe, à Bata, Guinée-équatoriale, le 17 janvier 2012.

"La grossesse n'est pas un crime ni une maladie mentale", soupire Imelda Bosuala. L'adolescente de 15 ans n'a plus le droit de fréquenter le lycée Rey Malabo en cette rentrée scolaire en Guinée-Equatoriale. Elle est enceinte.

Imelda est frappée par la mesure que le gouvernement du petit Etat pétrolier d'Afrique centrale vient de mettre en place depuis la rentrée du 19 septembre: un test de grossesse pour remplir un dossier d'inscription.

Et pas d'inscription si le test est positif.

Objectif: inciter les lycéennes à se protéger contre les grossesses précoces indésirables, avait explique mardi la vice-ministre de l'Education Maria-Jesus Nkara à la télévision nationale.

En 2014, le nombre de naissances chez les Equato-guinéennes de 15-19 ans était de 110 pour 1.000, selon la Banque mondiale. Bien plus que la moyenne mondiale (44), mais moins que dans d'autres pays africains (204 au Niger, 175 au Mali, 167 en Angola...).

Impossible de dresser encore un bilan du nombre d'adolescentes qui n'ont pas pu formaliser leur dossier à cause d'un test positif (entre 3.000 et 5.000 francs CFA le test, 4,50 et 7,50 euros).

En revanche la mesure divise déjà le pays dirigé depuis 1979 par Teodoro Obiang Nguema.

Imelda elle-même est partagée: "La grossesse n'est pas non plus un bel exemple en milieu scolaire", convient-elle.

Le débat traverse les cours de récréation. "C'est une bonne décision", proclame Sabina du haut de ses 13 ans, élève en classe de 5e au Lycée Bioko Norte de Malabo. "Venir en classe en étant enceinte, c'est un manque de respect".

"Cette décision ne peut pas me réjouir. C'est une bêtise", déplore au contraire Gerardo Ndong, professeur de français.

"Ces adolescentes sont privés du droit fondamental à l'éducation. C'est une injure", tempête Trifonia Melibea, sociologue et enseignante à l'Université nationale de Guinée-Equatoriale (UNGE).

L'universitaire redoute des avortements dans des "conditions inhumaines", dans ce pays où l'IVG est autorisée en cas de menace sur la santé de la mère, sous réserve d'une autorisation des parents ou du conjoint.

- Article de commerce -

Mère d'une adolescente de 14 ans enceinte, Efua estime que le gouvernement doit ouvrir une école spéciale "rien que pour les jeunes filles enceintes" afin qu'elles ne perdent pas le fil de leur scolarité.

Les grossesses précoces touchent surtout les adolescentes des familles pauvres.

"Certains parents utilisent leurs filles comme un article de commerce en leur demandant de sortir avec des hommes riches pour faire survivre la famille", constate Ana Rita, 19 ans.

Un autre sociologue, Martin Ela, pointe aussi du doigt les mirages et les pressions de la société de consommation dans ce pays qui tire depuis quelques années d'importants revenus du pétrole: "Ces petites filles sortent avec quelqu'un qui peut leur offrir un Smartphone parce qu'elles veulent être sur Facebook ou Whatsapp".

Sa collègue sociologue Trifonia Melibea dénonce les pressions qui pèsent sur la femme dans le seul pays hispanophone d'Afrique: "En Guinée équatoriale, quand une femme arrive à 18 ans sans enfant, tout le monde commence à dire qu'elle est stérile".

L'absence d'une loi interdisant le harcèlement sexuel envers les mineures et l'impunité dont jouissent les hommes expliqueraient aussi l'ampleur du phénomène des grossesses précoces.

La Guinée équatoriale va-t-elle s'attirer les foudres d'Amnesty International comme la Sierra Leone il y a quelques mois?

En avril 2015, le ministère de l'Education avait ainsi exclu les jeunes filles enceintes des établissements scolaires.

"L'éducation est un droit, et les gouvernements ne peuvent pas décider de le supprimer à titre de sanction", avait réagi Amnesty, chiffrant à 10.000 le nombres de jeunes Sierra-léonaises concernées.

Certaines avaient subi des "examens physiques humiliants", dénonçait encore Amnesty.

Plus récemment en Afrique du Sud, la municipalité d'Uthukela dans la province du Kwazulu-Natal (nord-est) avait envisagé des bourses universitaires pour des jeunes filles - à condition qu'elles soient vierges.

"La maire les encourage à rester pures et à ne pas avoir de rapports sexuels afin de se concentrer sur leurs études", avait expliqué son porte-parole alors que les féministes avaient dénoncé une initiative "choquante".

Cette "bourse des vierges" avait été jugée anticonstitutionnelle en juin dernier par une commission gouvernementale sud-africaine.

Avec AFP

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