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Guerre des nerfs entre les Gabonais Ali Bongo et Jean Ping


Les affiches de la campagne électorale du président gabonais sortant Ali Bongo et de son rival Jean Ping de l’opposition, sont côte-à-côte, à Libreville, 26 août 2016. VOA/Idriss Fall

Les affiches de la campagne électorale du président gabonais sortant Ali Bongo et de son rival Jean Ping de l’opposition, sont côte-à-côte, à Libreville, 26 août 2016. VOA/Idriss Fall

La guerre des nerfs a commencé dimanche au Gabon à deux jours de la proclamation prévue du résultat de l'élection présidentielle entre le président sortant Ali Bongo Ondimba et son principal rival Jean Ping qui s'est autoproclamé vainqueur.

"Je suis l'élu. J'attends que le président sortant m'appelle pour me féliciter", a déclaré dimanche M. Ping dans la capitale Libreville devant la presse et des milliers de partisans euphoriques.

"Au moment où je m'exprime devant vous, les tendances générales nous donnent vainqueurs", a ajouté l'ex-patron de l'Union africaine (UA), dans ses premières déclarations publiques depuis la clôture du scrutin à un tour de samedi.

Son entourage avance dimanche soir un score national de 60% en sa faveur contre 40% en faveur de M. Bongo sur 60% des inscrits, une estimation qui était dimanche soir impossible à vérifier.

M. Ping, un ex-cacique du régime âgé de 73 ans, prétend renverser la dynastie Bongo père et fils, au pouvoir depuis 1967 dans le petit Etat pétrolier d'Afrique centrale qui souffre de la chute des prix du baril.

"Fraude congénitale"

Ce métis de père chinois et de mère issue de l'ethnie Myéné a été plusieurs fois ministre sous l'ex-président Omar Bongo, au pouvoir pendant 41 ans jusqu'à sa mort en 2009 et l'élection de son fils Ali.

"Vous avez déjoué les pièges de la fraude congénitale de ce régime que nous accompagnons enfin dignement vers la sortie", a encore lancé Jean Ping, par ailleurs ex-compagnon d'une fille d'Omar Bongo.

Après ce discours, M. Ping a été reçu à l'ambassade de France à sa demande, a indiqué l'entourage du candidat.

Face à l'empressement de son adversaire, Ali Bongo a déclaré dimanche devant des partisans attendre "sereinement" le résultat.

"Nous sommes légalistes et nous sommes républicains donc nous attendons sereinement que la Cénap (commission électorale, ndlr) annonce les résultats de l'élection", a déclaré le président-candidat pour sa première prise de parole publique depuis la fermeture des bureaux de vote.

"Ca me rappelle deux fables: +rien ne sert de courir, il faut partir à point+, et +il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué+", a ajouté le président sortant, en réponse aux questions de journalistes sur l'auto-proclamation de son rival. Dimanche, son porte-parole a réaffirmé qu'Ali Bongo était "en tête avec une avance qui ne peut plus être inversée".

"L'annonce (des résultats) est prévue pour ce mardi 30 août vers 17h00" (16H00 GMT), selon le ministre de l'Intérieur, Pacôme Moubelet. Ce dernier a rappelé "qu'il est illégal de proclamer des résultats chiffrés en amont de l'annonce des autorités compétentes".

Redoutant des troubles comme en 2009 après la première élection d'Ali Bongo, beaucoup de Librevillois restaient cloîtrés chez eux, après avoir fait des stocks de nourriture les jours précédents.

Les rues et les plages de la capitale étaient quasi-désertes dimanche, après une nuit sans incident signalé.

"Totalement farfelu"

L'ambassade de France a recommandé aux Français établis au Gabon, "d'éviter de se déplacer, sauf nécessité avérée, et de se tenir informés de la situation" dans l'attente de mardi.

Dans la matinée, les fidèles se sont rendus aux offices dominicaux, mais moins nombreux que d'ordinaire.

A l'église catholique Saint-Michel, l'abbé Michel-Ange Bengone a lancé un "vibrant appel aux organisateurs (du scrutin) et aux forces de défense à respecter le verdict des urnes et la Constitution".

"Ca donne l'impression qu'on est assis sur une poudrière et que ça peut se déclencher à n'importe quel moment, si le perdant n'accepte pas sa défaite", a confié à l'AFP après la messe un fidèle, Emmanuel Edzang.

En 2009, la victoire d'Ali Bongo Ondimba avait été contestée par l'opposition surtout dans la capitale économique Port-Gentil (plusieurs morts, couvre-feu, consulat de France incendié).

Avant même la fermeture des bureaux de vote samedi, les deux camps se sont accusés mutuellement de fraudes, comme à chaque élection présidentielle depuis le rétablissement du pluralisme politique en 1990.

Les pro-Ping ont accusé le président sortant de préparer "une tentative de passage en force" avec l'appui de l'armée.

"C'est totalement farfelu", a aussitôt répliqué le porte-parole d'Ali Bongo, Alain-Claude Bilie-By-Nze.

Un millier d'observateurs internationaux et nationaux ont supervisé le scrutin. Ceux de l'Union européenne (UE) et de l'Union africaine (UA) n'ont fait état d'aucun incident pendant la journée de vote. Les observateurs européens doivent s'exprimer lundi à 13h00 locales (12h00 GMT).

Avec AFP

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