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Girl Summit 2015: Vers l’éradication du mariage des enfants en une génération…

  • Nathalie Barge

Young girls in Maroua, Cameroun, potential victims of forced mariage (Photo APAD-IWHC)

Young girls in Maroua, Cameroun, potential victims of forced mariage (Photo APAD-IWHC)

A l'approche du Girl Summit en Zambie le 26 et 27 novembre 2015, la Coalition Internationale pour la Santé des Femmes a organisé à Washington une rencontre pour inciter le gouvernement américain à adopter une stratégie de lutte contre le mariage forcé des filles dans le monde.

VOA Afrique a reçu quatre Camerounaises -dont trois anciennes victimes- qui font le plaidoyer de l’éradication des unions forcées et précoces.

Originaires de Maroua dans la Région de l’Extrême-Nord du Cameroun, elles parcourent le monde pour témoigner de la souffrance des jeunes filles mariées à des hommes âgés, alors qu’elles ne sont que des adolescentes.

Sike Bille, sociologue, militante des droits des femmes et fondatrice de l'Association de Lutte Contre les Violences Faites aux Femmes (ALVF), dénonce la loi du Cameroun qui autorise les parents à marier une fille de 15 ans, alors que l’âge du mariage est fixé à 18 ans pour les garçons.

Selon l’Unicef, le taux du mariage d’enfants est de 68% au Tchad et 76% au Niger. Les victimes sont essentiellement des filles.

Danedjo Hadidja a fui un «mariage» avec un homme de 45 ans lorsqu’elle n’avait que 15 ans. Elle est aujourd’hui Présidente de l'APAD, l'Association de Lutte Contre les Violences Faites aux Femmes, dont les membres sont essentiellement des anciennes victimes d’unions forcées.

Elle a pu s’en sortir grâce à sa détermination et l’écoute des femmes de l’AVLF qui lui ont tendu la main.

Aïssa Doumara, cofondatrice de l’ALVF, a été mariée à l’âge de 16 ans à un homme de 37 ans. Un an plus tard, elle était enceinte de son premier enfant. «Toutes les femmes doivent lutter contre le mariage forcé et précoce», estime-t-elle.

En forçant leurs filles au mariage à un jeune âge, les parents «risquent d’envoyer la fille à un viol certain», a dit à VOA afrique Mme Doumara, avant d’ajouter : «un père, c’est d’abord un protecteur… Il ne doit pas se transformer en bourreau».

«Lorsque vous revivez tout par quoi une jeune fille peut passer lorsqu’elle est dans une union, c’est vraiment quelque chose d’intolérable, et on ne peut pas se taire. On doit se lever et on doit s’engager pour que ça cesse», a souligné Aïssa Doumara.

Dans les pays en voie de développement, une fille sur 9 est mariée de force par sa famille avant l’âge de 15 ans. Certaines n’ont pas plus de 9 ans.

A l’âge de 14 ans, Mariamou a été donnée en mariage à un ami de son père, qui avait 45 ans. Maltraitée et violentée, elle s’est enfuie chez ses parents, qui l’ont alors chassée de la maison. Aujourd’hui, elle enseigne la couture au sein de l’APAD. Elle crée ses propres vêtements et souhaite devenir styliste de mode.

Le taux de mariage d’enfants sur le continent africain est de 40% selon l’Onu. Si rien n’est fait, il pourrait doubler d’ici 2050. Eradiquer les unions forcées des enfants en une génération, d’ici 2030, est l’un des objectifs de la communauté internationale.

La présidente de la Coalition Internationale pour la Santé des Femmes, Françoise Girard, pense que c’est possible dans certains pays, notamment au Cameroun, où la société civile est déterminée à faire respecter les droits fondamentaux des filles.

Video Production: Salwa Jaafi, Mino Dargakis, Hakim Shammo

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