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Génocide rwandais: "grande déception" de Kigali après un non-lieu pour un prêtre en France


Le musée du génocide au Rwanda

Le musée du génocide au Rwanda

Kigali a exprimé mercredi sa "grande déception" après le non-lieu accordé au prêtre Wenceslas Munyeshyaka, premier Rwandais visé par une plainte en France pour le génocide de 1994, dénonçant aussi la lenteur de la justice française.

Le Rwanda « prend acte avec la plus grande déception de l'ordonnance de non-lieu. » « Sans prétendre interférer dans le processus judiciaire français, il ne peut que regretter la lenteur exceptionnelle avec laquelle cette décision est intervenue », indique un communiqué de l'ambassade du Rwanda à Paris. « Il constate avec regret qu'à ce jour, 21 ans après le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, aucune poursuite introduite en France à l'encontre de personnes soupçonnées d'y avoir participé n'a abouti à un résultat définitif » ajoute le communiqué.

Installé en France après le génocide, avec l'aide de l'Église, le prêtre était, à l'époque des massacres, vicaire de la paroisse de la Sainte-Famille à Kigali, où furent accueillis des milliers de civils. Il y circulait armé et protégé d'un gilet pare-balles pendant le génocide, qui a fait entre avril et juillet 1994 quelque 800.000 morts, principalement au sein de la minorité tutsi. L'acte d'accusation du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui s'était dessaisi en 2007 au profit de la justice française, fait de lui un bourreau. Le procureur du TPIR lui reprochait d'avoir participé à des réunions planifiant des massacres et d'avoir livré des civils tutsi aux milices extrémistes hutu. Il était aussi accusé d'avoir lui-même abattu trois jeunes Tutsi, et encouragé ou commis des viols.

Après l'annonce du non-lieu, le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR) a dénoncé une « décision incompréhensible. » La Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) a annoncé qu'elle contestait cette décision et l'affaire devrait être portée devant la cour d'appel de Paris. Selon leur ordonnance consultée mercredi par l'AFP, les juges ont estimé que la passivité du prêtre face aux massacres en 1994 au Rwanda ne pouvait suffire à ordonner son renvoi devant la cour d'assises pour génocide.

L'enquête n'a pas démontré que les « relations amicales » du père Wenceslas « avec des autorités militaires ou des miliciens (...) lui conférait une position d'autorité, en terme de pouvoir, contrôle ou même d'influence vis-à-vis de la milice et des autorités officielles impliquées dans les massacres, » ont aussi estimé les magistrats. Agé de 57 ans, le prêtre qui officie à la paroisse de Gisors, à 50 km au nord-ouest de Paris, a toujours clamé son innocence.

En 2006, un tribunal militaire rwandais l'avait condamné en son absence à la prison à vie. La France a toujours refusé d'extrader des suspects du génocide au Rwanda, la Cour de cassation considérant que le génocide n'était pas défini en 1994 dans le code pénal rwandais.

Avec AFP

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