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Le général Isaac Zida, ex-Premier ministre burkinabè, poursuivi pour désertion


Le général Isaac Zida, ancien premier ministre du Burkina Faso, le 23 novembre 2014.

Le général Isaac Zida, ancien premier ministre du Burkina Faso, le 23 novembre 2014.

Une procédure pour "désertion en temps de paix" contre l'ancien Premier ministre burkinabè de transition, le général Isaac Zida, réfugié au Canada, a été ordonnée par le président Roch Marc Christian Kaboré, a appris l'AFP jeudi de sources militaire.

Le président, également ministre de la Défense, "a transmis une décision à la hiérarchie militaire lui demandant d'engager la procédure contre le général Yacouba Isaac Zida pour désertion en temps de paix et refus d'obéissance", a indiqué à l'AFP un haut responsable au ministère de la Défense, sous couvert d'anonymat. Selon lui, il s'agit d'une "procédure disciplinaire tout à fait normale qui concerne tout militaire en situation d'absence irrégulière à son poste"

Selon un autre officier s'exprimant également sous couvert d'anonymat, et qui a confirmé la procédure: "même si l'intéressé venait à rentrer au bercail, cela n'éteindra pas la procédure en cours. En sa présence ou non, un conseil d'enquête (conseil de discipline) sera mis en place pour prononcer la sanction contre tout militaire en absence irrégulière en application du Règlement de discipline générale (RDG)".

Selon le RDG consulté par l'AFP, le conseil d'enquête est présidé par un général plus gradé ou plus ancien que l'officier comparaissant et composé de quatre généraux dont deux doivent être plus anciens que lui.

Outre la radiation du tableau d'avancement, M. Zida qui est également passible devant le tribunal militaire pour infraction au code militaire risque "l'admission à la retraite d'office", une "radiation avec versement de ses droits légaux" ou encore une "mise en non-activité par retrait ou suspension d'emploi"

Le général Isaac Zida a rejoint en janvier sa famille au Canada à la fin de la transition (décembre 2015) muni d'une permission délivrée par le président Kaboré. Sa permission a expiré depuis le 15 février et le président Kaboré l'a sommé publiquement à maintes reprises de regagner sa base, sans succès.

Ancien numéro 2 du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), l'ancienne garde prétorienne du président Blaise Compaoré -dissoute depuis au lendemain de son coup d'Etat manqué en septembre 2015-, Zida s'était emparé du pouvoir le 1er novembre 2014 au lendemain de la chute de M. Compaoré, chassé par la rue après 27 ans à la tête du pays.

Après de fortes pressions des partis politiques, d'une partie de la société civile et de la communauté internationale, M. Zida avait cédé le pouvoir au bout de trois semaines à Michel Kafando, un ancien diplomate à la retraite qui l'a aussitôt nommé Premier ministre. Le régime de transition a pris fin après l'élection de M. Kaboré le 29 novembre 2015.

Des révélations sur des blanchiments d'argent, des détournements ou des enrichissements illicites éclaboussent depuis M. Zida et le gouvernement de transition.

En avril, un audit réalisé par l'Autorité supérieure de contrôle d'État et de lutte contre la corruption sur la "gestion de la commande publique" indique qu'au total 63,1 milliards de francs CFA (environ 96 millions d'euros), soit 55,33% du montant global des commandes publiques passées pendant la période de la transition ont été faites sur la base d'ententes directes et d'appels d'offres restreints "en violation massive des textes".

Le rapport accuse également nommément M. Zida, dix-huit membres de son gouvernement et des membres de leur famille de s'être fait attribuer des parcelles dans le quartier chic de Ouaga2000 (sud de la capitale).

M. Zida est également soupçonné d'avoir été le "chef des opérations" du RSP pendant les manifestations anti-Compaoré de fin octobre 2014 pendant lesquelles une trentaine de personnes ont été tuées et plus de 600 autres blessées par les militaires.

Le procureur du Faso Maïza Sérémé Compaoré n'a pas exclu mercredi de lancer des poursuites devant les tribunaux pour ces morts et devant la Haute cour de justice pour les personnes tuées les 1er et 2 novembre 2014 lors des manifestations contre sa prise de pouvoir après la chute de Compaoré.

Avec AFP

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