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Jammeh reconnaît sa défaite en Gambie


Le président sortant gambien Yahya Jammeh

Yahya Jammeh, qui a dirigé la Gambie pendant 22 ans, a reconnu vendredi soir sa défaite à l'élection présidentielle de jeudi et félicité le vainqueur, Adama Barrow, dans une déclaration télévisée, après l'annonce des résultats.

"Vous, Gambiens, avez décidé que je devais être en retrait, vous avez voté pour quelqu'un pour diriger le pays, c'est notre pays, et je vous souhaite le meilleur", a affirmé M. Jammeh en anglais. Devant les caméras, il a téléphoné à M. Barrow et lui a dit: "Vous êtes le président élu de Gambie et je vous souhaite le meilleur".

Des vendredi matin, la rumeur se confirmait dans Banjul

"Il est vraiment exceptionnel que quelqu'un qui a dirigé le pays aussi longtemps ait accepté sa défaite", a déclaré le président de la Commission électorale, Alieu Momar Njie, aux journalistes, peu avant l'horaire prévu pour l'annonce officielle des résultats à la mi-journée, qui était de nouveau reportée.

M. Jammeh, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1994, élu en 1996 puis largement réélu tous les cinq ans depuis, s'était dit certain d'une nouvelle victoire, et ses détracteurs lui prêtaient l'intention de n'accepter aucune autre issue.

Il avait prévenu qu'il ne tolérerait aucune contestation des résultats dans la rue, mais exclusivement devant les tribunaux, assurant que la fraude était impossible. Depuis vendredi matin tôt, les forces de sécurité étaient déployées en masse à Banjul, la capitale de ce pays d'Afrique de l'Ouest.

Le réseau internet et les communications téléphoniques internationales, qui avaient été coupés depuis mercredi soir afin d'empêcher la diffusion de résultats non officiels, ont été rétablis vendredi.

Selon de premiers résultats annoncés à la télévision par la Commission électorale, M. Barrow l'emportait symboliquement sur l'ensemble des circonscriptions de Banjul, avec 49,67% des voix, devant M. Jammeh à 42,64% et Mama Kandeh, ex-député du parti au pouvoir et candidat d'une nouvelle formation, à 7,6%.

Les trois candidats sont tous âgés de 51 ans, étant nés en 1965, année de l'indépendance de cette ex-colonie britannique.

Quelque 890.000 électeurs, sur près de 2 millions d'habitants de ce pays enclavé dans le territoire sénégalais, hormis sa façade atlantique, étaient appelés aux urnes jeudi, pour départager les trois candidats.

Forte participation

Dès la fermeture des bureaux de vote, qui ont connu une grande affluence, a débuté le décompte des billes déposées dans les trois bidons de couleurs différentes - vert pour Jammeh, gris pour Barrow et violet pour Kandeh - un système de vote unique au monde.

"Par la grâce de Dieu Tout-Puissant, ce sera le plus grand raz-de-marée de l'histoire de mes élections dans ce pays", avait lancé jeudi Yahya Jammeh après avoir voté.

L'opposant Adama Barrow avait affiché la même assurance. "S'il (Jammeh) perd, il faut qu'il reconnaisse sa défaite. Et nous savons qu'il va perdre", avait-il déclaré jeudi à l'AFP.

Le département d'Etat américain a salué "une participation manifestement élevée et un climat généralement pacifique" lors du vote, mais s'est inquiété "des pressions et des intimidations" avant le scrutin.

La Gambie a également fermé depuis mercredi soir ses frontières terrestres, comme à chaque élection, selon une source de sécurité sénégalaise.

Selon des analystes et l'opposition, c'était la première fois que le régime, qui a survécu à de nombreuses tentatives de coup d'Etat, était sérieusement menacé par un scrutin, au terme d'une campagne marquée par l'expression d'un pluralisme inhabituel.

Malgré la répression, la parole se libère depuis des manifestations en avril pour réclamer des réformes politiques, puis pour dénoncer la mort en détention d'un opposant et la condamnation en juillet à trois ans de prison d'une trentaine de participants à ces rassemblements, dont le chef de l'opposition, Ousainou Darboe.

Les ONG et certaines chancelleries condamnent les violations des droits de l'Homme sous Yahya Jammeh, des accusations qu'il rejette.

Beaucoup de Gambiens portent néanmoins à son crédit la stabilité du pays et certains progrès, notamment en matière d'éducation et de santé. Mais de nombreux autres fuient la pauvreté et la répression sur les routes de l'émigration clandestine.

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