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La réélection de Bongo très froidement accueillie par la communauté internationale au Gabon


La police gabonaise patrouille dans les rues après les manifestations post-électorales à Libreville, Gabon, 1 septembre 2016.

La police gabonaise patrouille dans les rues après les manifestations post-électorales à Libreville, Gabon, 1 septembre 2016.

L'Union européenne a sévèrement critiqué dimanche les travaux de la Cour constitutionnelle du Gabon qui a validé la victoire d'Ali Bongo, un résultat d'ailleurs très froidement accueilli par la communauté internationale à qui l'opposant Jean Ping a lancé un appel.

"Grande faiblesse du système électoral" et "évidentes anomalies" non rectifiées: les observateurs électoraux de l'Union européenne au Gabon ont eu la dent dure avec la Cour, deux jours après qu'elle a validé la réélection d'Ali Bongo Ondimba, en rejetant la requête de son rival Jean Ping, "président élu" auto-proclamé.

"La Mission d'observation électorale regrette que la Cour constitutionnellle n'ait pas, été en mesure de rectifier de manière satisfaisante les anomalies observées lors du recensement des votes", écrit la Mission présente au Gabon à l'invitation des autorités du 12 juillet jusque quelques jours après le vote du 27 août.

Dans le détail, l'observatrice en chef, Marya Gabriel, regrette que "les doutes sérieux sur les résultats du Haut-Ogooué n'aient pas été levés de manière satisfaisante".

La requête de M. Ping portait précisément sur un nouveau décompte des voix dans cette province, fief d'Ali Bongo, où le chef de l'Etat sortant a obtenu 95% des voix pour 99% de participation, lui assurant quelque 5.000 voix d'avance sur l'ensemble du Gabon, selon les premiers résultats de la commission électorale.

La Cour constitutionnelle a corrigé à la marge les résultats du Haut-Ogooué, annulant par ailleurs les résultats des votes dans plusieurs bureaux de Libreville.

Résultat: Ali Bongo est élu avec 172.990 voix (50,66%) devant Jean Ping (161.287 voix, 47,24%), selon la Cour.

L'opposant, qui dénonce un "déni de justice", a lancé un appel à la communauté internationale sans préciser ce qu'il en attend.

Cette même communauté internationale a pour l'instant accueilli froidement et sans félicications la réélection d'Ali Bongo.

Entre toutes, une réaction a agacé l'exécutif d'Ali Bongo: "La France constate que l'examen des recours n'a pas permis de lever tous les doutes", a publiquement regretté le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault.

"Nous déplorons que le quai d'Orsay se soit déporté à Bruxelles", a réagi le porte-parole du gouvernement, Alain-Claude Bilie-by-Nze. Libreville accuse Paris de reprendre la thèse des observateurs de l'UE.

Appels au dialogue politique

Contrairement aux commentaires de la télévision d'Etat Télé Gabon, l'Union africaine (UA) n'a pas davantage félicité Ali Bongo, 57 ans, qui devrait être investi dans les dix jours pour un nouveau septennat.

Le président en exercice de l'UA, le président tchadien Idriss Deby Itno, a "pris acte de la décision de la Cour constitutionnelle", tout comme le Maroc, grand ami du Gabon.

Quant au secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, et aux Etats-Unis, ils ne font que "prendre note", une nuance sémantique qui donne des espoirs à certains opposants.

Ces absences de félicitations vont de pair avec des injonctions au nom de la paix civile dans ce petit pays de 1,8 million d'habitants riche en pétrole, ressources forestières et minières.

Les Nations unies ont demandé "la libération des personnes détenues de façon arbitraire".

"Personne n'est détenu de façon arbitraire", a rétorqué le porte-parole du gouvernement, estimant que les responsables arrêtés ces derniers jours, comme Léon-Paul Ngoulakia, se trouvent dans les délais légaux de garde à vue.

Paris demande aux autorités de ne pas s'éloigner "des normes internationales en matière de droits de l'Homme et d'Etat de droit".

L'ex-puissance coloniale demande aussi à Jean Ping et les siens "de poursuivre leurs revendications selon des voies qui ne remettent pas en cause la paix et le bien-être du pays".

Régnant dans son pays d'une main de fer, le président tchadien invite son homologue gabonais et l'opposition au "dialogue".

"Nous n'avons besoin de personne pour parler des problèmes du Gabon", a répliqué Ali Bongo à la radio française RFI. Et d'insister: "l'ingérence n'est pas une bonne chose".

Ali Bongo reste à la tête d'un pays profondément divisé et qui connaît un calme tendu sous haute sécurité.

Dimanche, les forces de sécurité maintenaient quelques chicanes pour des contrôles routiers par des hommes en armes sur le front de mer de la capitale, Libreville.

Les acteurs économiques espéraient une reprise d'une activité normale lundi.

Aucun incident n'a été enregistré depuis l'annonce de la Cour, vendredi soir, alors que la première proclamation de victoire d'Ali Bongo, le 31 août, avait provoqué des manifestations, des émeutes, des morts et des arrestations par centaines.

Avec AFP

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