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Les Gabonais n'ont pas suivi l'appel à la ville morte de l'opposition


L'opposant gabonais Jean Ping participe à une réunion à Libreville, Gabon, le 26 septembre 2016.

L'opposant gabonais Jean Ping participe à une réunion à Libreville, Gabon, le 26 septembre 2016.

Dans son entrepôt aux airs de labyrinthe, Moctar navigue sans mal au milieu d'un vaste océan de costumes de ville. C’est ici où s’habillent les jeunes cadres. Dans son entrepôt situé en centre-ville, son prêt-à-porter abrite de centaines de costumes pour hommes.

Ce matin-là, il est plus préoccupé par ses affaires que par les appels à une journée ville morte lancés par le chef de l’opposant Jean Ping, en mémoire, soutient-il, aux victimes de la crise post-électorale qui a secoué le pays après l’annonce de la victoire d’Ali Bongo.

Comme Moctar, d’autres marchands ont préféré ignorer les appels à une journée ville morte.

"Une journée ‘fermée’, c’est en fait beaucoup de pertes. Si, pendant cette rentrée scolaire, nous fermons boutique, c’est un manque à gagner énorme ! Toutes ces manifestations, c’est du passé parce que le président est déjà élu et même confirmé ", explique M. Moctar.

Mercredi soir, le syndicat libre des transporteurs terrestres du Gabon (Syltteg), connu pour ses opérations anti-racket, a appelé les chauffeurs de taxi à paralyser les transports en commun mais cet appel n’a pas été entendu par les chauffeurs de taxi comme Selim.

"C’est une affaire politique. Nous, nous ne sommes que des taximans ! Ça ne nous concerne pas trop. Je ne vois pas à quoi ça sert de faire une ville morte puisque nous avons besoin de travailler pour faire progresser l’économie du pays. Je ne pense pas que ça soit une bonne solution", déclare M. Selim.

M. Issouf, un autre taximan soutient, lui, n’avoir pas été informé mais constate une circulation étonnement fluide.

A Libreville, le mot d’ordre n’a pas été respecté et ignoré dans d’autres grandes villes du pays. Conséquence : ce jeudi, les différentes villes ont tourné normalement, comme si de rien n’était.

Les banques et les administrations ont ouvert, comme à l'accoutumée. Des fonctionnaires forment même des files devant l'entrée des établissements bancaires pour toucher leur salaire. C’est le cas de Gary, partisan de Jean Ping.

"Nous avons juste décidé à notre manière de porter le deuil. Il ne s’agit pas forcément de rester à la maison ou de ne faire aucune activité mais plutôt d’avoir une pensée un peu plus pieuse envers ces personnes décédées. Moi, j'ai fait un tour à la banque parce qu’il faut rester quand-même un peu actif", se justifie M. Gay.

C'est la seconde fois que l'opposition appelle à une journée ville morte sans que la recommandation ne soit suivie. Le gouvernement a publié un communiqué mercredi soir pour appeler les travailleurs à vaquer à leurs occupations.

Cinq semaines après le début des violences, les deux camps continuent à donner deux versions et deux bilans. Le pouvoir parle de quatre personnes mortes dont un policier et plus d’une centaine de blessés mais l’opposition elle évoque de 50 à 100 morts.

Jean-Rovys Dabany (VOA Afrique - Libreville)

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