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François Fillon, "M. Propre" éclaboussé par le scandale d'emplois présumés fictifs


François Fillon, candidat de la Droite à la présidentielle française, prononce son discours lors d'un rassemblement à Paris, le 5 mars 2017.

Réputé intègre et discret, le candidat de droite à la présidentielle française François Fillon, éclaboussé par un scandale d'emplois présumés fictifs, a changé de visage et se présente désormais comme "un rebelle que le système n'arrêtera pas".

"Pour gouverner un pays, ma conviction est qu'il faut être irréprochable", assénait l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy (2007-2012) sur Twitter en septembre dernier.

Fort d'une image d'homme honnête et sérieux, ce catholique pratiquant de 63 ans remporte en novembre la primaire de la droite à la surprise générale, en évinçant au premier tour l'ancien président Nicolas Sarkozy puis au second round le favori des sondages, Alain Juppé, également ancien chef de gouvernement.

Porteur d'un programme d'austérité budgétaire, "fier de ses valeurs", ce libéral assumé qui met en avant son image de probité est alors donné grand favori pour remporter l'élection présidentielle, après cinq années de mandat socialiste.

Quatre mois plus tard, ce passionné de course automobile se retrouve empêtré dans un scandale désastreux pour sa popularité: après des révélations de presse, il est soupçonné d'avoir attribué des emplois parlementaires fictifs à son épouse Penelope et à deux de ses cinq enfants pour des montants représentant plusieurs centaines de milliers d'euros.

Visé par une enquête du parquet financier, il dément, crie au complot, à l'"assassinat politique" et dit "s'en remettre au suffrage universel".

Rien n'y fait. L'affaire dite "Penelopegate" parasite sa campagne électorale, centrée sur le nécessaire redressement de la France, la lutte contre la délinquance et la mobilisation contre le "totalitarisme islamique".

Au fil des sondages, ses chances de franchir la barre du premier tour se réduisent comme peau de chagrin: Marine Le Pen, la candidate de l'extrême droite, et Emmanuel Macron, l'ancien ministre de l'Economie du gouvernement Hollande, ne cessent de creuser l'écart dans les derniers sondages.

Fin février, ultime coup de tonnerre: le candidat annonce être convoqué le 15 mars par les juges en vue d'être inculpé mais il réaffirme sa volonté d'aller "jusqu'au bout", revenant ainsi sur sa promesse de démissionner en cas de démêlés judiciaires.

"On a cru m'intimider, me faire reculer. Certains espéraient me briser et au passage briser votre voix, mais vous êtes là, et c'est vous et seulement vous qui êtes le peuple souverain", lance-t-il à ses sympathisants début mars dans l'est de la France, affirmant être "devenu le rebelle que le système n'arrêtera pas".

Les défections se multiplient au sein de son camp mais la droite ne parvient pas à trouver d'alternative à sa candidature, qu'il parvient finalement à imposer après avoir organisé une démonstration de force rassemblant des dizaines de milliers de partisans à Paris.

Fils de notaire, François Fillon est né au Mans (centre-ouest de la France) le 4 mars 1954. En 1976, le jeune diplômé de droit public fait ses premiers pas en politique comme assistant du député d'une petite ville proche, Sablé-sur-Sarthe. A la mort de son mentor en 1980, M. Fillon lui succède et devient en 1981 le benjamin de l'Assemblée nationale.

De 1993 à 2005, il participe à tous les gouvernements de droite, siège au Sénat en 2005-2007, avant de devenir pendant cinq ans le chef du gouvernement dans l'ombre du bouillant Nicolas Sarkozy.

Fin politique selon certains, il est opportuniste pour d'autres. Longtemps tenant du gaullisme social, il ne cache pas son admiration pour Margaret Thatcher, la dame de fer britannique.

Ses détracteurs dénoncent la "brutalité sociale" de sa cure d'économie radicale -suppression d'un demi-million de postes de fonctionnaires, retour aux 39 heures de travail hebdomadaire, recul de l'âge de la retraite, réforme du chômage....

Ses discours de rigueur et de moralité se conjuguent mal avec les soupçons de "détournement de fonds publics" et "abus de biens sociaux" sur lesquels enquête la justice française.

Au cœur des investigations: la réalité des activités d'assistante parlementaire de son épouse Penelope, une Franco-Galloise qui s'est toujours présentée comme une mère au foyer, une "paysanne" amatrice de jardinage et d'équitation. Même question pour les salaires perçus par leur fils aîné Charles et leur fille Marie, recrutés tour à tour comme collaborateurs parlementaires avant d'avoir obtenu leur diplôme d'avocat.

Avec AFP

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