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Manuel Valls, l'ambitieux qui rêve de moderniser la gauche française


Le Premier ministre Manuel Valls s'exprime devant l’Assemblée nationale, Paris, le 20 juillet 2016.

Le Premier ministre français, qui a annoncé lundi sa décision de se présenter à l'élection présidentielle de 2017 est un briseur de tabous à gauche, dont le style autoritaire, le discours pro-entreprises et la défense d'une laïcité stricte hérissent une partie de son camp.

Obligé d'en passer par une primaire socialiste avant le scrutin présidentiel, il veut désormais être le candidat de la "conciliation" et de la "réconciliation" pour sortir du scénario d'échec actuellement écrit pour la gauche par tous les sondages.


Manuel Valls, 54 ans, a toujours joué la transgression : "Il faut en finir avec la gauche passéiste, celle qui s'attache à un passé révolu et nostalgique", lançait en 2014 cet homme né Espagnol et naturalisé Français à 20 ans.

Dès 2007, il voulait changer le nom du parti socialiste, jugé dépassé. Il s'est ensuite attaqué à la loi limitant à 35 heures le temps de travail hebdomadaire et à l'impôt sur la fortune, deux totems de la gauche.

Lui qui a conquis le patronat par son "j'aime l'entreprise" ou soutenu l'interdiction du "burkini" préconisée par des maires de droite, appelle désormais son camp à se "rassembler" pour éviter le "traumatisme" de la présidentielle de 2002, qui avait vu la droite et l'extrême droite au second tour, après élimination de la gauche.

Il y a cinq ans, lors de la première primaire de la gauche ouverte à tous, son positionnement à la droite du PS n'avait guère convaincu : il avait été éliminé au premier tour avec 5,63% des voix.

Le jeune élu de banlieue parisienne affichait déjà ses ambitions, ne voulant pas observer "la loge présidentielle depuis l'orchestre dans lequel je suis supposé devoir me tenir en attendant mon tour".

Depuis quelques jours, la presse française et ses détracteurs le surnomment "Brutus" en le soupçonnant d'avoir poussé le président François Hollande à renoncer à briguer un second mandat pour avoir le champ libre.

En 2012, il s'était rallié au candidat Hollande pour devenir un porte-parole actif pendant sa campagne, ce qui lui a valu d'être nommé ministre de l'Intérieur, une fois gagnée l'élection. A ce poste, il a renforcé son style martial et son image d'homme à poigne, gagnant en popularité - parfois plus à droite qu'à gauche.

- 'la gauche à coups de menton' -

Son hyperactivité, sa communication très cadrée, ses ambitions lui valent d'ailleurs d'être comparé à l'ancien président de droite Nicolas Sarkozy, ce qui a le don de l'agacer.

Ses yeux bleu métallique, ses réparties sèches et sa moue fréquente lui confèrent l'image d'un homme crispé, ombrageux. "Valls, c'est la gauche à coups de menton", ironise un socialiste.

Après la débâcle socialiste aux municipales de 2014, il remplace le discret Premier ministre Jean-Marc Ayrault après plusieurs "couacs" entre ministres. "Un chef doit savoir cheffer, alors je cheffe !", dira-t-il peu après.

A son arrivée, les écologistes claquent la porte, dénonçant entre autres ses propos sur les Roms en France, "qui ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie".

Lui n'a cure de déplaire et applique fidèlement la nouvelle ligne "pro-business" du président Hollande. D'autres poids-lourds quittent son équipe.

Parallèlement, le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, 38 ans, s'installe sur le créneau réformiste en économie, avant de démissionner du gouvernement pour se lancer en solo dans l'aventure présidentielle. Sur les questions de société, il tente de ringardiser Manuel Valls, à qui il reproche sa "laïcité revancharde".

Le Premier ministre fut l'un des rares dans son camp à voter l'interdiction de la burqa dans la rue. Il s'en prend régulièrement au foulard islamique "un ordre religieux, sectaire et totalitaire".

Né à Barcelone le 13 août 1962 d'une mère suisse italophone et d'un artiste peintre catalan, ce père divorcé de quatre enfants a épousé en 2010 la violoniste Anne Gravoin : un atout glamour qui lui a ouvert le tout-Paris de la culture.

Après de brèves études d'histoire, il devient assistant parlementaire à 23 ans, puis jeune conseiller du Premier ministre réformateur Michel Rocard (1988-91) puis de Lionel Jospin (1997-2001).

Soucieux d'ancrage, il est élu en 2001 maire d'Evry, une ville populaire et métissée au sud de Paris, puis député du département.

Avec AFP

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