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France : le tueur de Nice avait des complices, se préparait depuis des mois


Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, l'auteur du carnage de Nice, juillet 14.

Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, l'auteur du carnage de Nice, juillet 14.

Une semaine après l'attentat de Nice, l'enquête menée a permis d'établir que Mohamed Lahouaiej Bouhlel, qui a lancé son camion dans la foule, tuant 84 personnes, avait des complices et préparait ce carnage depuis des mois.

Cinq suspects, qui étaient en contact avec le tueur avant l'attentat, ont été mis en examen jeudi soir par des juges antiterroristes et placés en détention provisoire, a-t-on appris auprès du parquet de Paris.

Quelques heures plus tôt, le procureur chargé de l'enquête, François Molins, a fait état lors d'une déclaration à la presse d'"avancées notables" dans les investigations menées par "plus de 400 enquêteurs".

Il est ainsi établi que le Tunisien Mohamed Lahouaiej Bouhlel, auteur de l'attentat le jour de la fête nationale française, "a bénéficié de soutiens et de complicités dans la préparation et la commission de son acte criminel", a déclaré le procureur.

Les cinq suspects, quatre hommes et une femme inconnus des services antiterroristes, âgés de 22 à 40 ans, avaient été placés les jours précédents en garde à vue. Ce sont deux Franco-tunisiens, un Tunisien, un Albanais et une Franco-albanaise, dont un seul avait été condamné pour des faits de droit commun.

Chokri C., Mohamed Oualid W. et Ramzi A. ont notamment été mis en examen pour "complicité d'assassinats en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste", a indiqué le parquet dans la soirée. Ramzi A. a également été mis en examen pour "infractions à la législation sur les armes en relation avec une entreprise terroriste", de même qu'un couple d'Albanais, Artan H. et Enkeledja Z.

Ces trois derniers suspects sont soupçonnés d'avoir participé à la fourniture du pistolet avec lequel le tueur a tiré sur des policiers avant d'être abattu.

C'est notamment à partir des analyses du téléphone portable du tueur, révélant de nombreux contacts avec eux, que ces suspects ont été interpellés, a indiqué le procureur.

Ce Tunisien de 31 ans, résidant à Nice et qui ne s'était pas fait remarquer par les services de renseignement, avait mûri son projet criminel "plusieurs mois avant son passage à l'acte", a révélé François Molins, faisant état de clichés "révélateurs" retrouvés dans son téléphone, certains remontant à plus d'un an.

Parmi eux, une photo du feu d'artifice du 14 juillet 2015 sur la Promenade des Anglais à Nice, où il a commis l'attentat, une autre d'un concert au même endroit, une photo datant du 25 mai 2015 d'un article sur le captagon, une drogue réputée être utilisée par des jihadistes auteurs d'attentats.

Des échanges entre Mohamed Lahouaiej Bouhlel et les cinq suspects "viennent encore corroborer cette préméditation", a ajouté le procureur.

M. Molins avait indiqué en début de semaine que le Tunisien n'avait manifesté un intérêt que "récent", mais "certain", pour la mouvance jihadiste.

Une semaine après l'attentat, quinze des 331 blessés sont encore entre la vie et la mort, selon les autorités françaises.

- 'Vérité et transparence' -

Si l'enquête avance sur les motivations et entourage du tueur, la polémique sur les mesures de sécurité adoptées le 14 juillet, en plein état d'urgence, ne désenfle pas.

En déplacement à Dublin, le président socialiste français François Hollande a promis "vérité et transparence" sur le dispositif de sécurité déployé à Nice ce soir-là, en réponse à des accusations renouvelées sur de possibles failles.

"Quand il y a un drame, une tragédie, en l'occurrence une attaque avec des morts nombreux (...), il y a des interrogations, nécessairement. (...) Il n'y a pas de place pour la polémique, il n'y a de place que pour la vérité et la transparence", a déclaré M. Hollande.

Son Premier ministre, Manuel Valls, a jugé jeudi "insupportable la remise en cause permanente de la parole de l'Etat, du préfet, des policiers".

Le débat sur le dispositif policier, lancée quelques heures après la tuerie par l'opposition, a été relancée jeudi par le quotidien de gauche Libération.

Le journal affirme que l'entrée de la zone piétonne de la Promenade était barrée par une seule voiture de la police municipale et que la police nationale était quasiment absente à ses abords.

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a dénoncé une "contre-vérité", mais annoncé une enquête administrative par la police des polices afin "d'établir la réalité de ce dispositif" de sécurité.

Plus généralement, l'opposition de droite accuse le gouvernement socialiste d'avoir été trop laxiste dans la lutte contre le terrorisme.

La prolongation de l'état d'urgence instauré après les attentats du 13 janvier à Paris a été votée par le Parlement jeudi pour une période de six mois.

Les députés ont cependant refusé l'application du régime de la rétention de sûreté et de la surveillance de sûreté aux personnes condamnées pour terrorisme, réclamé par l'opposition de droite.

Le groupe jihadiste Etat islamique, qui a revendiqué l'attentat de Nice et ceux de Paris en novembre 2015 (130 morts), a menacé d'intensifier ses attaques contre la France dans une nouvelle vidéo où apparaissent des francophones qui félicitent l'auteur de la tuerie.

Avec AFP

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