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France : le syndicat CGT joue la radicalisation


Des milliers de personnes manifestent avec une affiche mentionnant : jeunesse précarisée - jeunesse mobilisée - retrait de la législation du travail, contre un projet de loi du travail controversé du gouvernement près de la Place de la République, à Paris.

Des milliers de personnes manifestent avec une affiche mentionnant : jeunesse précarisée - jeunesse mobilisée - retrait de la législation du travail, contre un projet de loi du travail controversé du gouvernement près de la Place de la République, à Paris.

En première ligne de la fronde contre la réforme du droit du travail en France, le syndicat CGT renoue avec sa tradition la plus contestataire, une stratégie à risque et qui révèle les fractures profondes au sein de la gauche française.

Après trois mois de grèves et manifestations diversement suivies, la centrale syndicale a engagé l'épreuve de force contre le projet et joue aujourd'hui son va-tout face au gouvernement socialiste.

Blocages de raffineries et dépôts pétroliers, appels tous azimuts à la grève dans la fonction publique, les transports, jusqu'aux centrales nucléaires : le pari est osé et des experts se demandent si la CGT a les moyens de son ambition de mettre le pays à l'arrêt.

Au-delà des effets d'annonce, le mouvement peine toujours "à faire masse", relève Dominique Andolfatto, professeur de sciences politiques.

La CGT s'est lancée dans la bataille car le gouvernement "n'a pas écouté les salariés" et est "passé en force" au Parlement pour imposer sa réforme, justifie à l'envi son secrétaire général, Philippe Martinez, pour qui l'exécutif "porte la responsabilité" du bras de fer.

"(...) Dès lors que la CGT est engagée dans une stratégie avec mot d'ordre de retrait, elle n'avait que deux solutions : soit elle décidait de cesser le mouvement, soit elle lui imprimait un autre rythme", analyse Stéphane Sirot, historien du syndicalisme.

Sur VOA Afrique, le directeur de recherche au CEVIPOF - Centre de recherches politiques de Sciences Po. Auteur de l’enquête ‘Sociologie des adhérents socialistes’, Henri REY a dit que: "deux grands groupes de syndicats réformistes ont rallié le gouvernement".

Des actions radicales ont été déjà engagées dans d'autres conflits sociaux en France dans le passé, notamment en 2010 contre une réforme des retraites. Les manifestants avaient échoué à faire plier le président de droite Nicolas Sarkozy. Mais le soutien de la direction de la CGT était alors moins affiché.

- 'Syndicalisme de classe' -

Aujourd'hui, Philippe Martinez est devenu "le" visage du conflit, avec son emblématique moustache noire tombante. Il jette lui-même devant les photographes un pneu dans les flammes sur un barrage devant un dépôt pétrolier. Et brandit à demi-mot la menace de la grève générale, appelant à "une généralisation de la grève partout, dans tous les secteurs".

Avec lui, la CGT semble retourner à ses "sources historiques, à savoir un syndicalisme de classe", relève Stéphane Sirot.

Souvent présentée comme le premier syndicat de France, la CGT a longtemps été au XXe siècle le porte-voix du Parti communiste français (PCF). Elle s'en est éloigné depuis le début des années 2000, et clame aujourd'hui son "indépendance", mais reste marquée très à gauche.

Traditionnellement très implantée dans les transports, la métallurgie, l'énergie, revendiquant près de 700.000 adhérents (sur 24 millions de salariés en France), la CGT reste l'héritière d'une longue tradition ouvriériste et brandit plus volontiers aujourd'hui, comme lors de son dernier congrès en avril, une rhétorique révolutionnaire très prégnante dans l'imaginaire collectif français.

Réélu en avril dernier, Philippe Martinez avait été désigné en février 2015 à la tête de la centrale, après deux années d'une crise de succession engendrée par des accusations sur le train de vie de son précédent dirigeant, Thierry Lepaon.

"Martinez a fait le choix de donner la parole à la ligne dure de la CGT. C'était un pari pour ressouder les troupes", expliquait lors du congrès d'avril un responsable du syndicat.

Avec la question de "la représentativité syndicale et l'image brouillée du syndicat, cette mobilisation (contre la loi travail) tombe plutôt bien", analyse pour l'AFP le sociologue Jean-François Amadieu.

Il s'agit de "ressouder les rangs" et aussi "se distinguer des autres syndicats", selon Bernard Gauriau, professeur à l'université d'Angers (centre-ouest), spécialiste du droit du travail. D'autant que la CGT est talonnée par le syndicat réformiste CFDT, favorable à la loi Travail et qui pourrait lui ravir sa place lors des élections professionnelles en 2017.

A la présidentielle de 2012, la CGT avait appelé à voter pour François Hollande afin d'empêcher une réélection de Nicolas Sarkozy. Quatre ans plus tard, Philippe Martinez accuse le pouvoir socialiste d'avoir "trahi" ses engagements et la gauche en général.

Ce faisant, il se hisse "désormais au rang de chef de l'opposition de gauche", selon le quotidien Le Monde.

Avec AFP

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