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La "remuntada" du Barça de Luis Enrique, plus qu'un exploit


L’entraîneur Luis Enrique du FC Barcelone, club Espagnol, lors d’ une conférence de presse au complexe sportif Joan Gamper, près de Barcelone, Espagne, le 16 avril 2016. epa / Garcia Quique

On l'avait enterré, mais Luis Enrique bouge encore: artisan d'une miraculeuse "remuntada" mercredi face au PSG (6-1), l'entraîneur a ponctué son ultime saison à Barcelone d'un exploit de légende en Ligue des champions, ouvrant la voie à une fin de mandat en apothéose.

En Espagne, les "remontadas" (remontées, en espagnol) étaient habituellement la marque de fabrique du Real Madrid. Grâce à Luis Enrique, ancien joueur merengue passé à l'ennemi, le Barça a désormais sa propre "remuntada" (en catalan) et c'est une juste récompense pour une équipe qui a ébloui la planète football au XXIe siècle.

"C'est un miracle, et parfois les miracles arrivent", s'est réjoui le défenseur Gerard Piqué, radieux après la rencontre.

Enfant du club, le joueur catalan connaît bien l'incorrigible fatalisme du public blaugrana, qui commémore à la 17e minute et 14 secondes de chaque match l'année 1714... date d'une défaite militaire.

"Notre public est habituellement plus pessimiste mais il semble que la nouvelle génération croit davantage dans son équipe", a souri Piqué. Et il fallait voir les supporters, plusieurs heures après la fin du match, se prendre en photo devant le stade dans la douceur de la nuit barcelonaise.

Quintuple vainqueur de la C1, le club avait sans doute besoin d'un morceau de bravoure comme celui-ci pour chasser son image d'équipe trop cérébrale.

"Le Barça de Luis Enrique est l'équipe qui le plus de capacité de survie dans l'histoire de ce club", a analysé dans un éditorial Ernest Folch, directeur du quotidien catalan Sport. "L'équipe a réussi l'ultime exploit qui lui restait à accomplir."

Voilà Barcelone en quarts de la C1 pour la dixième saison d'affilée, record absolu. Voilà surtout son nom associé à l'un des plus beaux exploits de l'histoire du football, grâce à Luis Enrique.

Descendu en flammes après la déroute au match aller (4-0), le technicien mérite cette fois d'être porté aux nues. N'avait-il pas prophétisé mardi que son équipe allait marquer six buts ?

Cela avait été pris pour de l'arrogance, mais c'était de la "foi", a assuré mercredi l'entraîneur asturien, âgé de 46 ans.

Sa joie faisait plaisir à voir au moment du but victorieux de Sergi Roberto, entré en jeu quelques minutes plus tôt (coaching gagnant): Luis Enrique a bondi sur la pelouse, poings serrés, se fendant d'une glissade sur les genoux.

"J'y ai laissé quelques ménisques sur le terrain mais cela en valait la peine", a souri le technicien, heureux de communier avec son effectif et d'embrasser tous ses cadres, dont la star Lionel Messi, avec qui les relations n'ont pas toujours été simples.

Sa gestion des trois semaines entre la défaite à Paris, le 14 février, et l'exploit du 8 mars, a été un modèle du genre. Il a fait le dos rond, il a trouvé les solutions tactiques pour relancer son équipe dans un 3-4-3 osé, et il a surtout choisi le bon moment pour annoncer le 1er mars son départ en fin de saison.

Après huit titres conquis sur dix possibles (série en cours), Luis Enrique va s'en aller en juin, victime de l'usure du poste. Mais il s'en ira avec le souvenir inoubliable d'une soirée rêvée.

"Il n'a pas été traité comme il le méritait", l'a défendu Piqué. "C'est d'abord grâce à lui que nous avons pu nous qualifier. Les gens ont souvent été injustes avec lui, mais il mérite tous les éloges."

Difficile de penser qu'après être revenu de l'enfer, le Barça ne va pas tout faire pour atteindre le paradis au printemps.

"Cela va nous donner davantage d'énergie pour continuer dans toutes les compétitions", a prévenu le président barcelonais Josep Maria Bartomeu, qui aurait aimé que Luis Enrique continue à son poste l'été prochain.

Piqué confirme: "Moralement, cette victoire apporte énormément", a dit le défenseur.

Dès sa première saison en 2014-2015, Luis Enrique avait décroché un retentissant triplé Liga-Coupe-C1. Peut-il récidiver pour son ultime campagne ? Pour le moment, son Barça est leader de la Liga, qualifié pour la finale de la Coupe du Roi, et il sera l'épouvantail de la C1.

"Nous allons être en quarts et cela ne fera pas plaisir aux autres équipes", a lancé Luis Enrique d'un air de défi. Qui pourra arrêter une légende en marche ?

Avec AFP

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