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Fin du coton génétiquement modifié au Burkina Faso


Le coton, principal source de revenus du Burkina Faso.

Le coton, principal source de revenus du Burkina Faso.

Seul pays d'Afrique de l'Ouest à s'être lancé dans l'agriculture biotechnologique au début des années 2000, le Burkina Faso a fait un virage à 180 degrés en annonçant renoncer au coton transgénique.

"Il y en a qui vous disent qu'ils ne veulent pas de coton burkinabè clairement aux traders, explique le directeur général de la SOCOMA, Ali Compaoré, c'est comme si nous étions blacklisté​s!"

"La variété du gene de Monsanto présentait des soies courtes. Avec cela, pour ce qui concerne la soie longue 1/8e de pouce représentait autour de 95%, décrit Ali Comparé, aujourd'hui, avec l'adoption du coton génétiquement modifié, on a vu que la tendance est inverse, avec moins de 15% de soie longue. Donc, on a vu une décote la soie."

"Le deuxième aspect, poursuit-il, c'est la perte de label. Par le passé, le coton burkinabè était réputé par sa longueur de soie et par sa qualité, très prisée. On avait 20 francs par kilogramme en plus comme prime de qualité."

"Aujourd'hui, avec la baisse de longueur de soie, le Burkina a perdu ce label. Si on prend tout ensemble, on se rend compte que la perte minimale sur la période entre 2010-2011 et 2015-2016 est de 48 milliards de francs CFA", conclut-t-il.

"Vers le 100% conventionnel"

Quelque 4 millions des 19 millions de Burkinabè vivent directement ou indirectement de l'"or blanc", principal produit d'exportation et première source de devises du pays depuis la colonisation avant d'être détrôné par l'or en 2009.

Considéré comme un laboratoire pour le continent, le Burkina a jeté l'éponge la semaine dernière - au moins provisoirement - en assurant que le coton génétiquement modifié (CGM) n'était pas rentable.

"La fibre de coton que nous produisons aujourd'hui est devenue courte", et donc plus difficile à filer, "ce qui signifie que sur le marché c'est une activité qui n'est plus très intéressante pour nous", a expliqué à l'AFP le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré.

"Le gouvernement a pris des dispositions pour stabiliser la filière" et injecté de l'argent pour aider les producteurs, a-t-il ajouté.

L'Association interprofessionnelle du coton du Burkina (AICB) a décidé d'aller "vers le 100% conventionnel", a confirmé le 5 avril Wilfried Yaméogo, directeur de la principale société cotonnière du pays, la Sofitex.

"Nous avons rencontré un certain nombre de difficultés, que nous avons notifié au partenaire Monsanto qui n'a pas pu trouver la solution technique au problème", indique-t-il.

"Nous avons rédigé unmomentum ou nous avons fait état de nos difficultés et des compensations financières que nous attendons", a-t-il ajouté, avant de conclure, " Nous avons bon espoirs que nous allons réussir ànous accorder pour repartir du bon pied."

"C'est une bataille de gagnée", s'est félicité Christian Legay du Conseil national de l'agroalimentaire biologique qui regroupe des associations de consommateurs et d'agriculteurs et milite pour un moratoire de 5-10 ans sur les OGM au Burkina.

Toutefois, ce sont des raisons de rentabilité qui ont poussé au renoncement. Autrefois très apprécié sur le marché mondial pour sa pureté et la longueur de sa fibre, le coton burkinabè a décliné.

Il y a quinze 15 ans, le coton CGM avait généré d'immenses espoirs. On parlait alors de résistance à la sécheresse dans ce pays sahélien et d'éradication des parasites, notamment des chenilles "hélicoverpa armigera" qui ont ruiné des milliers de paysans en 1991, 1996 et 2000.

On promettait aussi une réduction du nombre de traitements phytosanitaire (pesticides) et de meilleurs rendements, avec une augmentation de 50% à 90% de la production.

En 2003, le Burkina avait accordé des autorisations d'expérimentation à Monsanto et à la multinationale suisse Syngenta. En 2007, le pays a lancé la production à grande échelle du coton transgénique et, à partir de 2009, les autorités ont ordonné aux paysans d'en ensemencer jusqu'à 80% de leur production, permettant une réduction du temps et de la pénibilité au travail.

"Avec le coton CGM on a deux traitements, avec le conventionnel on en a six. Les traitements, ça fatigue", témoigne Célestin Dala, cotonculteur dans le Nayala (Ouest).

Recul tactique de Monsanto

Toutefois, Célestin Dala, comme les sociétés cotonnières, souligne qu'il n'y a pas eu d'augmentation des rendements.

Des chercheurs, leaders politiques ou de la société civile s'étaient montrés critiques dès le lancement. "Le principe de précaution n'a pas été respecté", affirme Jean-Didier Zongo, généticien à l'Université de Ouagadougou, accusant Monsanto de pratiques "criminelles" et d'avoir fourni des variétés insuffisamment testées.

Le président burkinabè a toutefois confié à l'AFP que le pays "poursuivait les discussions avec Monsanto".

Certains espèrent des dédommagements du géant américain qui parie sur une nouvelle variété de coton biotechnologique pour la campagne 2020-2021.

"Ce que nous réclamons à Monsanto, c'est la correction technique de sa variété, de manière à ce que nous puissions aller sur le marché avec de la fibre conforme aux exigences", affirme M. Yaméogo.

Georges Yaméogo, conseiller technique à la Sofitex, assure qu'"il n'y a pas de rupture" avec Monsanto. "Si dans 3, 4 ou 5 ans, ils trouvent une solution, il n'y a pas de raison qu'on ne reparte pas vers les OGM. C'est un recul tactique, pas un rejet total des OGM".

Pour Christian Legay, "les inquiétudes, ce sont les expérimentations en cours sur les céréales, notamment le maïs, le sorgho et le nimbé, avec Monsanto".

Mais, souligne-t-il, la renonciation du Burkina au CGM est un "bon avertissement pour les autres pays d'Afrique qui étaient tentés ou incités par le gouvernement américain et courtisés par les firmes d'agrobusiness".

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