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Festival Ecrans noirs de Yaoundé : mais où voir des films africains en Afrique?


Un cameraman filme une scène à partir d'une grue au cours du tournage de "Ake," un film basé sur les mémoires d'enfance de l'écrivain nigérian Wole Soyinka, à Abeokuta, au sud-ouest du Nigeria, 14 juillet 2013.

Un cameraman filme une scène à partir d'une grue au cours du tournage de "Ake," un film basé sur les mémoires d'enfance de l'écrivain nigérian Wole Soyinka, à Abeokuta, au sud-ouest du Nigeria, 14 juillet 2013.

De bons films africains, mais trop peu de salles pour les voir en Afrique: le constat n'empêchait pas les professionnels du 7e art de rester optimistes, lors de la 20e édition du festival de cinéma Ecrans noirs de Yaoundé, qui prend fin samedi.

Côté production, "Nollywood" (contraction de Nigeria et Hollywood) a continué sa démonstration de force avec "CEO" (l'acronyme anglais pour PDG) en compétition pour le meilleur film étranger.

Cette histoire de lutte de pouvoir dans une grande entreprise avait décroché début juin la palme du marketing, avec une avant-première inédite à bord d'un vol Air France Lagos-Paris.

"Nous voulions montrer au monde que les Africains sont innovants, et que les Nigérians sont uniques", s'était félicité le réalisateur, Kunle Afolayan, qui a disposé d'un budget d'un million de dollar pour son film, avec la chanteuse Angélique Kidjo en vedette.

De retour sur terre, "CEO" se retrouve en compétition avec des films du Maroc ("Les larmes de Satan"), du Cameroun ("Naked reality"), de Côte d'Ivoire ("Sans regret", "Innocent malgré tout"), du Congo ("Dealer"), du Niger ("Le Pagne", sur l'excision), ou encore de Namibie ("Katutura", du nom du plus grand township de Windhoek, théâtre de l'intrigue).

"Un panorama très ouvert", analyse Jean-Claude Crépeau, président du jury catégorie longs-métrages pour l'Afrique centrale. "Il y a des films qui parlent des travers du monde moderne, d'autres de l'influence de la religion".

Ces films vont trouver leur public en Afrique, s'enthousiasme le délégué général du festival Ecrans Noirs, le réalisateur Bassek ba Kobhio: "Il n'est plus question de dire que les publics africains sont réfractaires aux productions de leur continent".

Certes, mais où les voir? "Mettez ce film en ligne que nous puissions le regarder!", implorent les Nigériens de l'étranger, frustrés de ne voir sur YouTube que la bande-annonce du film "le Pagne" de leur compatriote Moussa Hamadou Djingarey.

Libreville (Gabon) ne compte aucun cinéma à part le Centre culturel français. Ailleurs, les salles reviennent au compte-goutte, comme à N'Djamena (Tchad) où le Normandie a réouvert en 2011 après 30 ans de fermeture. A Yaoundé, le groupe français Vivendi a inauguré mi-juin une salle de 300 places, la seule au Cameroun.

L'Europe moins ouverte au cinéma africain

A Dakar, le gérant du Sea Plaza affirmait en janvier dernier à l'ouverture de sa salle vouloir diffuser des films sénégalais en plus de grosses productions type Star Wars, pour ne pas viser qu'une clientèle d'expatriés. Abidjan, la capitale ivoirienne, fait figure de Broadway avec trois vraies salles, là aussi surtout consacrées aux "blockbusters".

"Le Nigeria, qui a des salles aujourd'hui, n'en n'avait pas pendant 40 ans après les indépendances", souligne Bassek ba Kobhio, qui souhaite l'intervention de capitaux privés ou d'institutions pour accélérer le mouvement.

Télévision, TNT, DVD, vidéo-club, internet...: des professionnels misent aussi sur le second marché pour toucher le public.

"Je pense qu'on se trompe", tempère toutefois Jean-Claude Crépeau. "La télévision est un marché supplémentaire, mais elle ne saurait être le marché premier, qui reste la salle".

Et l'Europe? Il y a 20 ans, ses cinéphiles découvraient les films du Burkinabé Idrissa Ouédraogo ou du Malien Souleymane Cissé.

Mais "les perspectives sont moins bonnes" qu'à l'époque, juge Bassek ba Kobhio, dont la fiction "Le grand blanc de Lambaréné" sur le docteur Schweitzer était sortie en 1995 en France. "Nous espérons que la différence ne fera plus peur, que nos films seront vus par les Européens aussi".

A noter cependant, le récent succès rencontré en France par "Timbuktu", du Mauritanien Abderrahmane Sissako. Cette chronique du quotidien dans le nord du Mali, sous la coupe des jihadistes, avait été récompensée par sept César français en 2015.

Dernier enjeu: la production. En pointe au Maroc, en Afrique du Sud, au Nigeria, elle se développe doucement ailleurs sur le continent.

"C'est encore difficile pour un producteur de porter un projet pendant quatre ans sans être sûr d'avoir des retombées au bout. Il faut qu'on trouve en Afrique des producteurs qui se consacrent totalement à ce métier", affirme Bassek ba Kobhio, allusion aux réalisateurs qui se lancent eux-mêmes dans la production, faute de mieux.

Avec aFP

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