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Exploitation frauduleuse d'or dans le Sud-Kivu : Global Witness dénonce des autorités locales


Un commerçant pèse des pépites d'or dans une mine illégale à ciel ouvert dans le territoire de Walungu, près de Bukavu, dans le Sud-Kivu, 5 avril 2014.

Un commerçant pèse des pépites d'or dans une mine illégale à ciel ouvert dans le territoire de Walungu, près de Bukavu, dans le Sud-Kivu, 5 avril 2014.

Global Witness pointe du doigt les autorités provinciales du Sud-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo, les accusant de porter "gravement atteinte" aux efforts de certification minière en fermant les yeux sur des pratiques illicites dans le secteur aurifère.

"Le fait que les autorités du Sud-Kivu se soient mises en défaut de faire appliquer les lois nationales et provinciales [...] porte gravement atteinte aux efforts nationaux et internationaux visant à assainir les chaînes d'approvisionnement en or du Congo", indique le rapport.

Cette enquête sur "la ruée vers l'or" à Shabunda dénonce la captation des profits de l'exploitation aurifère dans le lit de la rivière Ulindi, estimant que celle-ci n'aura finalement apporté aux riverains que des désagréments, et aucun bénéfice.

Située dans une zone enclavée à 170 km à l'ouest de Bukavu, la capitale du Sud-Kivu, Shabunda a été touchée par la fièvre de l'or en 2013.

Le rapport de Global Witness met en cause les agissements d'une société chinoise, Kun Hou Mining, qu'elle accuse d'avoir "versé 4.000 dollars" et donné deux kalachnikovs à des groupes armés Raïa Mutomboki opérant dans la zone pour pouvoir mener ses activités tranquillement.

Les Raïa Mutomboki ("Citoyens en colère", en swahili) sont apparus en 2005 dans le territoire de Shabunda comme milice d'autodéfense contre les rebelles hutu rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Cette dénomination fonctionne aujourd'hui comme une franchise pour une multitude de bandes armées ayant plus à voir avec le banditisme qu'avec la rébellion à caractère politique.

Selon Global Witness, en l'absence de services étatiques sur place, les Raïa Mutomboki de la zone de Shabunda-centre ont prélevé des "taxes" sur les dizaines de barges de dragage exploitées de façon artisanale au côté des quatre barges mécanisées installées par Kun Hou Mining.

Le rapport affirme aussi que "la majeure partie de l'or extrait" sur place en 2014-2015 tant par la société chinoise que par les artisans congolais (environ une tonne par an) s'est volatilisée, "ayant presque certainement été [sortie] du pays clandestinement", avec l'aide de fonctionnaires locaux et le concours de responsables politiques provinciaux passifs voire complices.

La chercheuse de l'ONG Britannique Sophia Peckles a dit à VOA Afrique que "ces activités illégales ont causé au gouvernement congolais, un manque à gagner de 38 million de dollars de recettes fiscales".

Faux certificats d'origine

"Les autorités minières à Bukavu [...] ont falsifié des déclarations d'origine pour les petites quantités d'or artisanal de Shabunda qui ont été officiellement exportées afin de masquer leur origine, laquelle est considérée 'à haut risque' au regard des normes internationales", ajoute l'enquête.

Global Witness accuse le ministère des Mines local de ne pas avoir obtempéré aux directives du gouvernement de Kinshasa l'enjoignant de "faire cesser toute activité de dragage le long de la rivière" Ulindi compte tenu de la situation sur place.

L'ONG britannique fait référence aux initiatives internationales et nationales destinées à améliorer la traçabilité des "minerais du sang" (étain, tungstène, coltan et or) extraits dans l'Est du Congo pour assurer qu'ils ne financent pas de groupes armés.

Le rapport s'émeut par ailleurs des conséquences de cette ruée vers l'or incontrôlée sur l'environnement au vu du mercure utilisé dans des conditions de fortune pour amalgamer l'or extrait de la rivière.

Interrogé par l'AFP sur les résultats de l'enquête de Global Witness, Apollinaire Bolindi, ministre des Mines du Sud-Kivu, a estimé que ce rapport était "biaisé".

M. Bolindi, qui n'était pas encore ministre à l'époque des faits dénoncés par l'ONG, a par ailleurs affirmé que le gouvernement provincial était en peine de réglementer l'exploitation aurifère à Shabunda-centre "compte tenu de la présence de groupes armés".

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