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La Banque centrale européenne a maintenu inchangé le cours de sa politique monétaire très interventionniste, comme attendu, faisant ainsi fi des appels à lever le pied après une accélération de l'inflation européenne.

Le conseil des gouverneurs, l'instance dirigeante de la BCE composée de six directeurs et des 19 présidents des banques centrales de la zone euro, n'a touché ni à ses taux directeurs, à leur plus bas niveau historique depuis mars 2016, ni à son vaste programme de rachats de dettes, le "QE", lancé en mars 2015, a annoncé un porte-parole.

L'attention est désormais focalisée sur le président de l'institution, Mario Draghi, qui s'exprimera à partir de 13H30 GMT dans le cadre de sa conférence de presse régulière.

Durant cette intervention, M. Draghi "devrait rappeler que les conditions d'un ajustement durable de l'inflation ne sont pas encore réunies" et que, par conséquent, la banque centrale n'entend pas dévier de sa route pour le moment, souligne Alan Lemangnen, analyste chez Natixis.

Dans le cadre du QE, la BCE acquiert actuellement pour 80 milliards d'euros de dettes - principalement publiques - chaque mois, et a prévu à partir d'avril de continuer au rythme de 60 milliards jusqu'à fin 2017. Elle a par ailleurs promis de garder ses taux très bas pendant encore longtemps.

Avec AFP

- Accélération de l'inflation -

De plus en plus d'observateurs, principalement en Allemagne, s'inquiètent toutefois des risques à long terme que pose cette politique très offensive et appellent l'institution monétaire à réduire la voilure.

Ces appels à en faire moins gagnent d'autant plus de vigueur que les prix sont repartis en nette hausse ces derniers mois et que le risque de déflation a largement disparu, comme l'a elle-même reconnu la BCE.

En février, l'inflation en zone euro a atteint 2% et fait ainsi un nouveau pas vers l'objectif à moyen terme de la banque centrale, qui vise un rythme durable d'inflation "légèrement inférieur à 2%", définition selon elle de la stabilité des prix.

Problème, la progression actuelle est essentiellement due au rebond des prix de l'énergie, qui avaient chuté en 2015 sur fond d'effondrement des cours du pétrole, et de l'alimentation, par nature très volatiles.

Corrigée de ces deux composantes, l'inflation est restée scotchée au rythme modeste de 0,9% en février.

La question est de savoir comment ces évolutions seront prises en compte dans les prévisions économiques actualisées que présentera M. Draghi durant sa conférence et qui servent de base au conseil pour prendre ses décisions.

"Nous nous attendons à ce que les prévisions d'inflation pour 2017 soient revues en hausse, ce qui devrait susciter un débat parmi les gouverneurs sur le fait de savoir s'ils doivent continuer à ignorer la remontée du chiffre global d'inflation", souligne les économistes Peter Nagle et Khadija Mahmood, de l'Institut de finance internationale (IIF).

- Changement de communication ? -

M. Draghi s'est quant à lui montré clair: "Nous ne devrions pas réagir à des statistiques individuelles et des hausses de court terme de l'inflation", "l'horizon pertinent de notre politique est le moyen terme", avait martelé l'Italien début février devant des députés du Parlement européen.

Et d'affirmer que le soutien de la BCE "est toujours requis".

Les observateurs seront toutefois attentifs ce jeudi à toute évolution dans le discours du banquier central.

Certains membres du conseil ont plaidé pour qu'à défaut de réviser sa politique, l'institution monétaire adapte sa communication face aux derniers développements de l'inflation et l'embellie économique à l'oeuvre en zone euro.

Entre autres, la BCE n'a cessé de répéter ces derniers mois que ses taux resteront à leur niveau actuel pour un long moment, voire encore plus bas si nécessaire.

"Jusqu'à quand pourrons-nous continuer à parler de +taux encore plus bas+ comme d'une option de politique monétaire ? Étant donné l'importance de la crédibilité pour une banque centrale, les nécessaires ajustements progressifs de notre communication devraient être faits sans délai", avait récemment déclaré le Luxembourgeois Yves Mersch, l'un des six directeurs de l'institution monétaire.

Avec AFP

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