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En 2014, la croissance chinoise a été la plus faible en 24 ans


Des travailleurs à Beijing en Chine (AP)

Des travailleurs à Beijing en Chine (AP)

La croissance de la Chine a été de 7,4% l'an passé, suivant les statistiques officielles publiées mardi, de peu inférieure à l'objectif de 7,5%, après 7,7% en 2013.

PEKIN (Reuters) - La Chine a enregistré en 2014 sa croissance la plus faible depuis 24 ans, le tassement du marché immobilier ayant grevé la demande, et elle risque de faire encore moins bien cette année, autant d'éléments susceptibles d'obliger les autorités monétaires à prendre des mesures de soutien à l'économie.

Toutefois, la croissance du seul quatrième trimestre a été un peu meilleure que prévu, ce qui pourrait quelque peu modérer la réaction des autorités politiques et monétaires, font valoir des économistes.

La croissance de la Chine a été de 7,4% l'an passé, suivant les statistiques officielles publiées mardi, de peu inférieure à l'objectif de 7,5%, après 7,7% en 2013. C'est le taux de croissance le plus bas depuis 1990.

La croissance s'est maintenue à 7,3% sur un an au quatrième trimestre, un chiffre légèrement supérieur aux attentes mais qui reste néanmoins à un plus bas depuis la crise financière mondiale de 2007-2009. Les économistes avaient anticipé une croissance revenue à 7,2% sur les trois derniers mois de l'année dernière, contre 7,3% au troisième trimestre.

Cette hausse du PIB est la moins marquée depuis celle de 6,6% enregistrée lors des trois premiers mois de 2009. C'est la première fois depuis 1999 que le gouvernement manque son objectif de PIB annuel.

Il était devenu assez évident que Pékin raterait son objectif mais le résultat final est meilleur que ce que l'on anticipait lorsque le crédit était en berne, les créances douteuses se multipliaient de manière exponentielle et d'importants indicateurs économiques tombaient à des plus bas de plusieurs années.

Les différentes mesure de soutien prises durant l'année ont permis d'éviter une situation bien pire sans provoquer le gonflement d'une dette déjà copieuse.

"Le gouvernement nous dit qu'il n'est pas pieds et mains liés à son objectif (de croissance), qu'il a été manqué mais que ce n'est pas grave. Cela me semble un développement plutôt positif", a estimé Andrew Polk, économiste chez Conference Board.

Mais il fait remarquer que d'autres éléments économiques ne donnent pas lieu à l'optimisme, en particulier un marché immobilier qui ne réagit à aucune mesure de soutien et un crédit bancaire qui peine à soutenir l'investissement, des éléments qui risquent de persister cette année.

Les autorités craignent par ailleurs que ne s'installe un cycle déflationniste porté par la chute des prix pétroliers, les surcapacités industrielles et une demande atone. Il faut compter aussi avec les risques d'une crise de l'endettement des autorités régionales, imputable au marasme immobilier.

Enfin, la croissance de la production d'électricité, considérée comme un bon étalon de la performance économique, n'a été que de 3,2% en 2014, au plus bas depuis 1998.

LES ÉCONOMISTES DIVERGENT

Cela dit, les statistiques de décembre ont donné également lieu à de bonnes surprises: la production industrielle a augmenté de 7,9% annuels, au lieu de 7,4% attendus, et les ventes au détail ont bondi de 11,9%, plus que les 11,7% prévus.

Mais la croissance de l'investissement en actifs immobilisés, important vecteur de dynamisme économique, a ralenti à 15,7% en 2014, un peu en deçà d'un consensus donnant 15,8%, non loin d'un plus bas de 13 ans.

Les investissements immobiliers ont pour leur part enregistré en 2014 leur plus faible hausse depuis 2009.

Un nouveau ralentissement de la croissance en Chine pourrait être fort préjudiciable à la croissance mondiale cette année, laquelle, pour l'heure, est tirée par essentiellement par les Etats-Unis, de l'avis du Fonds monétaire international (FMI).

Les économistes interrogés par Reuters voient la croissance descendre à 7% cette année, voire moins, tandis que le FMI lui avance 6,8% puis 6,3% en 2016, mais ces mêmes économistes divergent sur l'ampleur des dispositions que Pékin devrait prendre pour soutenir l'économie.

"Les chiffres d'ensemble réduisent la nécessité de nouveaux stimulants mais on peut encore assouplir car les risques restent orientés à la baisse", commente Dariusz Kowalczyk, économiste du Crédit Agricole à Hong Kong.

Il pense que la Banque populaire de Chine abaissera encore les taux au premier trimestre, après son intervention inattendue de novembre, et réduira d'un point le coefficient des réserves obligatoires (RO) au premier semestre pour stimuler le crédit.

D'autres croient au contraire que Pékin doit être très énergique, au risque de rallumer la spéculation, compte tenu que l'endettement des entreprises chinoises les dissuade d'investir.

"Je ne crois pas que la politique monétaire accélèrera la croissance toutefois", dit Wang Tao, économiste d'UBS.

"La demande finale est très faible et il est peu probable que les entreprises en profitent pour investir dans de nouveaux projets; donc, maîtriser le risque financier et stabiliser la croissance seront les maîtres mots de cette année".

Les marchés ont bien accueilli les différents indicateurs du jour: l'indice CSI300 a gagné 1,2% et le composite de la Bourse de Shanghaï 1,8%. Ils avaient subi lundi leurs plus fortes pertes en plus de six ans, en réaction à des mesures officielles prises contre le prêt spéculatif en Bourse.

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