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Elections à Sao Tomé : l'opposition conteste la victoire a minima du parti au pouvoir


Evaristo Carvalho, vice-président de l'ADI et candidate victorieux de l'élection présidentielle à Sao Tomé-et-Principe.

Evaristo Carvalho, vice-président de l'ADI et candidate victorieux de l'élection présidentielle à Sao Tomé-et-Principe.

Bras de fer dans l'une des plus petites démocraties du monde: une candidate d'opposition demande lundi l'annulation de l'élection présidentielle à Sao Tomé-et-Principe, après l'annonce de la victoire dès le premier tour du candidat du pouvoir avec 50,1% des voix.

Le scrutin s'est tenu dimanche dans cet archipel pauvre mais réputé stable d'Afrique centrale. Situé au large du Gabon, il compte un peu moins de 200.000 habitants.

Evaristo Carvalho, candidat soutenu par le parti du Premier ministre Patrice Trovoada, a obtenu 50,1% des suffrages (34.629 voix) contre 24,1% (17.121 voix) pour le président sortant Manuel Pinto da Costa, et 24,1% (16.638 voix) pour la troisième candidate, Maria das Neves, a indiqué la Commission électorale nationale (Cen) dans la nuit de dimanche à lundi.

M. Carvalho obtiendrait donc la majorité absolue grâce à une poignée de voix, sous réserve de validation des résultats par le Tribunal constitutionnel.

L'ex-Premier ministre Maria das Neves n'a pas attendu longtemps pour contester le résultat. "La candidate exige l'annulation des ces élections présidentielles parce qu'elles n'ont été ni libres, ni justes ni transparentes", a annoncé son directeur de campagne.

La candidate, soutenue par le parti historique du Mouvement pour la libération de Sao Tomé-et-Principe (MLSTP, opposition) dénonce une "manipulation des résultats", voire un possible bourrage des urnes "en faveur du candidat du parti au pouvoir". Sa contestation va prendre la forme d'un recours, a confirmé son entourage.

M. Pinto da Costa (indépendant, ex-MLSTP), pourrait lui aussi contester la victoire de Carvalho, le candidat du charismatique Premier ministre et de son parti l'Action démocratique indépendante (ADI), majoritaire à l'Assemblée depuis sa victoire aux élections législatives en 2014.

Le président sortant, qui arbitre mais ne gouverne pas, avait dénoncé avant le scrutin le rôle de la télévision publique, qui "donnait priorité au candidat du parti du pouvoir".

MM. Evaristo et Trovoada ont pourtant déjà commencé à célébrer leur victoire: "Nous voulons commencer une nouvelle étape de stabilité, de travail et de progrès pour le peuple de Sao Tomé", a commenté dans la nuit le Premier ministre, qui voulait en finir avec la "cohabitation" au nom d'une plus grande "cohérence" dans la prise des décisions.

Dépendant à 90% de l'aide internationale

Au total plus de 60% des 111.222 électeurs inscrits ont participé au scrutin qui s'est déroulé dans la "sérénité", selon la mission d'observation de l'Union africaine (UA).

S'il en restait là, le vote marquerait sans doute la fin de la carrière du président Pinto da Costa, bientôt 79 ans, qui fut le premier président après l'indépendance en 1975. En pleine guerre froide, il avait alors arrimé son pays au bloc soviétique, avec un régime de parti unique, avant de rétablir le pluralisme dans les années 1990.

Le développement était l'enjeu principal du scrutin dans l'ex-colonie portugaise où de nombreuses bâtisses coloniales tombent en décrépitude faute d'entretien, le long de chaussées défoncées. Les deux-tiers des quelque 195.000 habitants vivent sous le seuil de la pauvreté, nourrissant une diaspora au Portugal, en Angola ou au Gabon.

"Nous avons fait des progrès très importants en termes de démocratie. Mais si on n'arrive pas à résoudre les problèmes de la population, cela peut empêcher la démocratie de se consolider", avait déclaré dimanche à la presse le président sortant.

Populaire, voire "populiste" pour ses détracteurs, le Premier ministre Patrice Trovoada affirme qu'il va raccorder d'ici deux ans 100% de la population à l'électricité et à l'eau potable.

Fils de Miguel, un autre héros de l'indépendance également passé par la présidence, M. Trovoada se targue d'être au mieux avec les chefs d'Etat du continent tout proche, de Macky Sall (Sénégal) à Dos Santos (Angola) en passant par Ali Bongo (Gabon).

Le pays ne manque pas d'atouts avec des productions agricoles parmi les meilleures du monde (cacao, café), un potentiel touristique et des prospections pétrolières offshore en partenariat avec des entreprises étrangères.

Le FMI a salué une croissance moyenne de 4% depuis 2012 et une inflation en forte baisse. Reste que Sao Tomé dépend toujours de l'aide internationale à 90% pour ses besoins vitaux.

Avec AFP

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