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Egypte : les fuites massives au bac mettent au jour les failles de l'Education


Des soldats égyptiens montent la garde dans la cour d'une école lors des élections, au Caire, 13 janvier 2014.

Des soldats égyptiens montent la garde dans la cour d'une école lors des élections, au Caire, 13 janvier 2014.

L'examen du bac est souvent une source d'angoisse pour les lycéens rêvant de décrocher une place à l'université mais cette année, en Egypte, l'épreuve a tourné en cauchemar pour nombre d'entre eux avec des fuites massives sur internet.

Depuis le début, en juin, des examens correspondant au baccalauréat français, des sujets et leurs réponses ont fuité sur des pages Facebook, contraignant les autorités dépassées par le phénomène à annuler certaines épreuves et à en programmer de nouvelles.

Un chaos généralisé qui a provoqué la colère de centaines de milliers de familles et des heurts entre manifestants lycéens et policiers.

"Dans la salle d'examen, certains étudiants connaissaient déjà toutes les questions", s'indigne Mariam Khaled, 18 ans, une lycéenne en filière scientifique dans un établissement privé du Caire.

La jeune fille, qui rêve de devenir ingénieure, a appris, avec stupeur, quelques heures plus tard que l'épreuve avait été annulée.

Pour les quelque 483.000 lycéens qui ont passé les épreuves, l'examen est crucial: c'est en fonction de leurs résultats qu'ils seront acceptés dans telle ou telle faculté.

Ces fuites "ont anéanti mes efforts de toute une année ! Quelle différence y a-t-il entre moi et celui qui n'a rien révisé ?", se lamente Mariam, retenant difficilement ses larmes.

Certains parents se saignent à blanc pour des cours particuliers onéreux, le sésame qui doit aider leurs enfants à obtenir les meilleures notes et faire les études supérieures qu'ils souhaitent.

La famille de Mariam a elle dû débourser plus de 300 euros par mois pendant un an en cours particuliers. Une petite fortune pour son père qui travaille dans le tourisme, en pleine crise.

Système éducationnel 'chaotique'

Certains administrateurs des pages Facebook à la source des fuites ont affirmé avoir justement voulu lancer le débat sur la qualité de l'enseignement en Egypte et dénoncer le système des cours particuliers, très pratiqué et qui favorise les plus aisés dans un pays où le niveau de l'école publique est désastreux, de l'aveu unanime des Egyptiens.

Les administrateurs de la page Facebook Chaoming réclamaient, par exemple, une hausse des salaires des enseignants pour qu'ils ne soient plus tentés de se consacrer aux cours privés plus rémunérateurs, mais aussi une révision des programmes éducatifs pour faciliter l'entrée des diplômés sur le marché du travail, à l'heure où près d'un tiers de la jeunesse est au chômage.

Pour le chercheur Kamal Mogheith, l'éducation en Egypte connaît "une situation chaotique et absurde, due principalement à la corruption".

"Des groupes de la société civile et des étudiants ont lancé un vaste mouvement de protestation contre un système d'éducation inefficace, qui n'enseigne rien mais qui, durant des années, va épuiser l'énergie et les ressources des familles", résume l'expert du Centre national de recherche sur l'Education et le Développement.

Après l'annonce fin juin de l'annulation de certaines épreuves, des centaines de lycéens avaient manifesté devant le ministère de l'Education nationale. Mais le pouvoir, qui réprime toute forme d'opposition et même de critique, a réagi avec fermeté et la police a dispersé les jeunes à coup de gaz lacrymogènes.

Des administrateurs des pages Facebook à l'origine des fuites et plusieurs responsables de l'éducation ont été arrêtés et les lycéens ont, depuis, repassé les épreuves annulées.

Mais le débat sur l'éducation nationale est désormais lancé et la triche --grâce à des gadgets de plus en plus sophistiqués-- ne choque pas tout le monde.

"Depuis toujours, les fils de riches achètent leurs examens. Pourquoi on vient maintenant se plaindre des fuites ?" ironise Ahmed Hicham, fils d'un artisan d'un quartier populaire cairote, Choubra.

"Dans une société injuste et corrompue, ce n'est que justice", lâche le jeune homme de 18 ans, montrant à l'AFP un groupe de discussion sur l'application de téléphonie mobile WhatsApp, où les fuites de plusieurs examens sont échangées.

Avec AFP

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