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L'Egypte laisse flotter sa devise pour faire face à la crise


Un employé compte les billets dans un bureau de change au Caire, Egypte, le 5 juin 2014.

Un employé compte les billets dans un bureau de change au Caire, Egypte, le 5 juin 2014.

L'Egypte a décidé jeudi de laisser flotter sa devise pour répondre à une crise monétaire aigüe qui affecte son économie et menace de relancer l'instabilité politique plus de cinq ans après la révolution de 2011.

Cette décision devrait provoquer de fait une forte baisse, de près de 50%, de la livre face au dollar. Elle s'échangeait jeudi à 14 dollars contre 8,8 jusqu'à présent au taux officiel, qui se rapproche ainsi du taux sur le marché noir.

Elle intervient alors que le Fonds monétaire international (FMI) s'alarme de la "crise" monétaire que traverse l'Egypte, deuxième économie du monde arabe après l'Arabie saoudite.

Sa directrice générale Christine Lagarde avait suggéré la semaine dernière une dévaluation rapide de la livre et la poursuite des réformes économiques.

Mais le contexte est difficile pour le gouvernement, confronté au risque de manifestations de masse dans un pays où 27,8% de la population vit sous le seuil de pauvreté selon les chiffres officiels, et où l'inflation atteint 14%.

La décision de la banque centrale s'inscrit dans le cadre d'un ensemble de réformes liées à l'obtention d'un prêt de 12 milliards de dollars (11 milliards d'euros) sur trois ans du FMI pour soutenir l'économie égyptienne.

La politique d'austérité, condition de l'obtention du prêt, inclut des réformes comme la réduction des subventions publiques et l'imposition d'une nouvelle TVA.

La banque centrale a également annoncé jeudi une hausse de trois points des taux d'intérêt, à 14,75%.

'Encourager les investissements'

La banque centrale a expliqué que la "libéralisation" du taux de change faisait "partie d'un ensemble plus large de réformes qui assureront la stabilité macroéconomique à travers la consolidation budgétaire".

L'Egypte a vu ses réserves de dollars fondre ces dernières années, à 19,6 milliards en septembre, soit 50% de moins qu'en 2011, avant la révolution ayant provoqué la chute du président Hosni Moubarak.

Une grande partie de ces sommes a servi à soutenir la livre égyptienne face au billet vert, avec des dévaluations occasionnelles.

La défense de la livre a contribué à la pénurie de dollars, affectant ainsi la capacité des importateurs à faire entrer dans le pays les matières premières ou les produits alimentaires de première nécessité.

Ainsi, le pays a dû faire face ces derniers mois à des pénuries de sucre, de riz, d'huile de cuisine, de lait infantile ou encore de médicaments.

Avec la mesure annoncée jeudi, la CBE espère aussi réduire l'écart entre le taux officiel et celui du marché noir, une problématique au coeur de la crise monétaire.

Sur le marché noir, le billet vert était monté jusqu'à 18 livres cette semaine après de redescendre autour de 14 livres dès mercredi en anticipation d'une possible mesure de la CBE.

Selon Mohamed Abu Basha, un économiste de la banque d'investissement EFG Hermes, "la livre était surévaluée et les gens se sont tournés vers un marché parallèle", a-t-il estimé, ajoutant que les dollars ont été amassés en dehors du système bancaire.

Selon Hisham Ibrahim professeur de finances et investissements à l'Université du Caire, "la décision intervient au moment opportun. La situation aurait empiré si on avait attendu". Elle "va avoir un impact positif car elle va encourager une atmosphère meilleure pour les investissements".

"Ce n'était pas logique qu'un investisseur arrive dans un pays qui a deux prix pour les devises étrangères", a-t-il aussi précisé.

Si le FMI recommandait une dévaluation, le choix du flottement de la livre a été retenu. "C'est la meilleure chose à faire. Nous ne sommes pas en position de faire les choses à moitié", a estimé M. Abu Basha.

Plusieurs dévaluations ont eu lieu précédemment, dont la dernière en mars, mais aucune n'a pu enrailler la pénurie de devises étrangères.

Avec AFP

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