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Cinq ans de prison pour un policier ayant battu à mort un suspect en Egypte


Des policiers devant une morgue au Caire, le 31 octobre 2015. (AP Photo/Nariman El-Mofty)

Des policiers devant une morgue au Caire, le 31 octobre 2015. (AP Photo/Nariman El-Mofty)

Une cour criminelle a condamné un officier de police pour avoir battu à mort un suspect dans un commissariat du nord de l'Egypte, pays où la police est régulièrement accusée d'exactions, selon une source judiciaire.

Cette condamnation, qui est rare en Egypte, est survenue quelques heures après l'annonce par le parquet que neuf policiers seraient jugés pour avoir tabassé à mort un détenu dans un commissariat de Louxor dans le sud du pays.

Ces dernières semaines, le président Abdel Fattah al-Sissi a averti que "tout policier ayant commis une faute devra rendre des comptes", et le ministère de l'Intérieur a promis que l'Etat ne ferait preuve d'"aucune complaisance" à l'égard de policiers coupables d'exactions.

Jeudi, la cour criminelle a condamné à cinq ans de prison l'officier de police Mohammad Atef Merhi pour avoir battu à mort en mai dernier un suspect dans une affaire de drogue au commissariat de Rachid dans le Delta du Nil, a précisé la source judiciaire.

L'officier était en état d'arrestation depuis le début de l'enquête en mai, a-t-elle ajouté.

A Louxor, le procureur général a ordonné que trois lieutenants, un capitaine et cinq agents de police, soient jugés "pour crime", a indiqué un responsable du parquet.

Les neuf policiers avaient été arrêtés début décembre sous le soupçon d'avoir participé, approuvé ou passé sous silence le passage à tabac mortel fin novembre d'un homme appréhendé pour une raison inconnue dans un café.

Ils avaient été appréhendés après le rapport des médecins légistes assurant que la victime avait été battue si violemment sur la nuque et dans le dos que sa colonne vertébrale s'était brisée.

La date de leur procès n'a pas encore été fixée.

En Egypte, la police est souvent accusée par les organisations de défense des droits de l'Homme et les avocats de maltraiter, voire torturer ou tuer des détenus, des exactions demeurant largement impunies.

La révolte populaire de janvier 2011, qui avait poussé au départ le président Hosni Moubarak, avait notamment été déclenchée par la mort de Khaled Saïd, un Egyptien arrêté dans un cyber-café d'Alexandrie en 2010 puis torturé à mort par des policiers. Plus que sur Moubarak lui-même au début, la colère des manifestants s'était cristallisée sur la police devenue puissante sous son régime.

Quatre ans plus tard, des ONG dénoncent à nouveau ces brutalités.

Le tout dans un contexte de répression implacable visant toute opposition depuis que l'armée, alors emmenée par M. Sissi, a destitué le président islamiste élu Mohamed Morsi en juillet 2013. Dans les semaines qui ont suivi, plus de 1.400 manifestants pro-Morsi avaient été tués, et plus de 15.000 sympathisants emprisonnés.

Des centaines, dont M. Morsi et les caciques de son gouvernement, ont été condamnés à mort dans des procès de masse expéditifs.

Avec AFP

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