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A Dresde, les Allemands se déchirent sur la question des réfugiés


Manifestation du mouvement Pegida près de la cathédrale de Dresde, en Allemagne, le 22 décembre 2014. (AP Photo/Jens Meyer)

Manifestation du mouvement Pegida près de la cathédrale de Dresde, en Allemagne, le 22 décembre 2014. (AP Photo/Jens Meyer)

Hannelore est venue dénoncer Angela Merkel qui mène le pays "dans le mur", Petra pour vilipender les "néonazis": le premier anniversaire du mouvement populiste allemand Pegida lundi à Dresde a exposé les fractures de l'Allemagne face à l'afflux spectaculaire de réfugiés.

"Nous sommes là pour nos enfant et nos petits-enfants et cela me réjouit de voir que les gens ont le courage de parler" contre la politique du gouvernement, clame Hannelore, la soixantaine, venue battre le pavé avec 20.000 autres partisans des "Patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident" (Pegida en allemand).

C'est à Dresde, capitale régionale de Saxe, que ce mouvement a déboulé dans le paysage politique national il y a tout juste un an. D'abord surtout anti-euro, il s'est ensuite focalisé sur la dénonciation des immigrés et de l'islam.

Donné un temps moribond suite à des divisions internes et des écarts verbaux de ses dirigeants, il retrouve aujourd'hui un second souffle avec l'arrivée de centaines de milliers de migrants fuyant guerres et persécutions. Car cet afflux alimente une grogne et des craintes croissantes dans l'opinion allemande.

"Mme Merkel conduit le pays dans le mur" en refusant de fermer les frontières du pays, dit Hannelore.

- 'Résistance! résistance!' -

Sans prendre autant de gants, le responsable de Pegida Lutz Bachmann multiplie les harangues contre la chancelière devant la foule: un "dictateur" qui sera le fossoyeur de l'Allemagne, accuse-t-il sous les vivats de ses partisans qui crient "Résistance! Résistance!" lorsqu'il est question de la politique du gouvernement.

De nombreux drapeaux hongrois sont agités dans la foule. Un hommage au Premier ministre Viktor Orban, perçu comme le seul défenseur de l'Europe par sa politique de fermeté à l'égard des migrants arrivant des Balkans. "Oui à Orban! la Hongrie doit nous montrer la voie!", dit un calicot.

Le discours de Pegida se radicalise semaine après semaine. Un manifestant brandit une pancarte montrant Angela Merkel portant un uniforme nazi. La croix gammée a été remplacée par le symbole de l'euro. La semaine dernière le mouvement avait fait scandale lorsqu'une potence promise à la chancelière avait été brandie lors de la manifestation.

Cette fois pourtant les populistes ne sont pas les seuls à se faire entendre sur la Place du Théâtre de Dresde.

Un peu plus loin un nombre tout aussi important de contre-manifestants, environ 20.000, défilent contre Pegida et le racisme.

"Le racisme et les néonazis sont trop tolérés en ce moment, c'est de pire et pire", affirme Petra, 65 ans. Pour elle, il y a un lien direct entre le discours anti-immigrés de plus en plus dur dans certains secteurs de l'opinion et des actes comme l'agression au couteau dont a été victime samedi une candidate à la mairie de Cologne très engagée en faveur des réfugiés, et élue maire dimanche alors qu'elle est toujours hospitalisée. Son agresseur, un chômeur allemand de 44 ans, est proche de l'extrême droite.

Hans, 75 ans, est tout aussi préoccupé. Il manifeste en agitant un fanion "Du coeur au lieu de la haine", le slogan des anti-Pegida. "c'est très important que la grande majorité des gens qui ne soutiennent pas Pegida s'affichent", dit-il.

Pour manifester à sa façon, le célèbre opéra municipal, le Semperoper, a installé un grand panneau lumineux sur sa façade dominant la foule et les clameurs de Pegida. "Nous ne sommes pas une scène pour la xénophobie ni un décor pour l'intolérance", peut-on y lire.

Avec AFP

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