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Le suspect islamiste sans lien avec l'attentat contre le bus de Dortmund


Des policiers sécurisent l’entrée du stade avant le match de quart de finale entre Borussia Dortmund et l’AS Monaco à Dortmund, Allemagne, 12 avril 2017.

Le parquet antiterroriste de Dortmund indique dans un communiqué que le suspect islamiste interpellé la veille n’avait pas de lien direct avec l'attentat contre le bus de l'équipe de football de Dortmund, qui a fait deux blessés juste avant un match de Ligue des Champions. Le match a dû être reporté pour mercredi.

Les autorités allemandes ont mis jeudi hors de cause dans l'immédiat leur principal suspect pour l'attentat de Dortmund et doivent à présent éclaircir de nombreuses zones d'ombre, à commencer par le bien-fondé de la piste "islamiste".

"L'enquête n'a pas permis jusqu'à présent de trouver d'éléments montrant que le suspect a participé à l'attentat", a indiqué le parquet antiterroriste dans un communiqué.

Il a certes demandé le placement en détention de cet Irakien de 26 ans interpellé mercredi, mais pour "appartenance au groupe Etat islamique" dans son pays d'origine en 2014 et 2015. Les perquisitions chez cette personne et un autre islamiste présumé n'ont rien donné.

Dès le départ, les enquêteurs étaient restés prudents quant à son implication éventuelle dans l'attaque de mardi soir contre le bus de l'équipe de football de Dortmund, qui a fait deux blessés juste avant un match de Ligue des Champions.

Le patron de la police criminelle locale, Dieter Schürmann, a dès lors souligné que la "situation était prise très au sérieux" car aucune piste n'a jusqu'ici permis de déterminer qui sont les auteurs de l'attaque.

"On cherche des gens prêts à tuer", a-t-il ajouté, selon l'agence DPA.

Les enquêteurs se sont orientés rapidement vers la piste islamiste, mais les autres hypothèses restent d'actualité.

Lettre 'inhabituelle'

"Il peut s'agir d'extrémistes de gauche, d'extrémistes de droite, de fans violents ou d'islamistes", a dit le ministre de l'Intérieur de la région de Dortmund, dans l'ouest de l'Allemagne, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Ralf Jäger.

La police s'est orientée vers l'islamisme après la découverte sur les lieux de l'attaque, en trois exemplaires, d'une lettre rédigée "au nom d'Allah".

Le texte appelle l'Allemagne à cesser de participer avec ses chasseurs Tornados à la lutte de la coalition internationale contre le groupe Etat islamique en Syrie, faute de quoi de nouveaux attentats seront commis.

Mais son authenticité n'est toujours pas avérée et M. Jäger a prévenu qu'il pouvait s'agir d'une tentative de mettre la police sur une "fausse piste".

"En elle-même, la lettre est inhabituelle", relève le quotidien Die Welt, soulignant que le groupe jihadiste a par le passé revendiqué ses actes par vidéo ou communiqué. Par ailleurs, le texte retrouvé à Dortmund ne comprend "ni logo, ni drapeau de l'EI".

Un expert en terrorisme, Peter Neumann, relève dans Bild que l'emploi du mot allemand pour parler du "califat" plutôt que le mot arabe laisse dubitatif .

Les partisans de l'EI ne "parlent que de ‘Khilafa’, c'est leur concept idéologique (...) Pour bien comprendre, c'est comme si l'on disait ordinateur-Pomme au lieu d'Apple", explique-t-il.

Dortmund mécontent

La nature "terroriste" de l'attentat de mardi ne fait aucun doute pour le parquet fédéral. Les trois engins qui ont explosé au passage du bus de l'équipe de Dortmund, blessant le défenseur international espagnol Marc Bartra et un policier, ont provoqué un effet de souffle d'une centaine de mètres.

"La puissance était énorme", a dit M. Jäger jeudi.

Une partie de l'encadrement du club de Dortmund a dès lors vivement critiqué la décision de l'UEFA de ne reporter le match face à Monaco que de 24 heures. L'hôte allemand, éprouvé, s'est finalement incliné 2 buts à 3 mercredi soir.

"Nous nous sommes sentis ignorés (...) Quelques minutes après l'attaque, on nous a dit qu'on devrait jouer, comme si on nous avait envoyé une canette de bière contre le bus", a accusé l'entraîneur Thomas Tuchel.

Sur le front politique, la chancelière Angela Merkel a jugé dans un entretien publié jeudi que la lutte antiterroriste en Allemagne était handicapée par le fédéralisme, avec des régions trop laxistes à son avis. Elle a cité explicitement la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en regrettant que la police ne puisse y contrôler des personnes dans la rue qu'en cas de soupçon précis.

"Malheureusement, il y a des lois très différentes dans les différents Länder", a dit la chancelière, actuellement en campagne électorale avant plusieurs élections, notamment les législatives de septembre qui s'annonce serrées.

Avec AFP

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