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Dopage: la crise de l'athlétisme russe élargit le fossé entre sportifs et dirigeants


« L’Agence Russe contre le dopage » (RUSADA) à Moscou. Image : AP

« L’Agence Russe contre le dopage » (RUSADA) à Moscou. Image : AP

Au nom des sportifs en activité ou à la retraite, Ed Moses et Kirsty Coventry, leurs représentants au conseil de l'Agence mondiale antidopage (AMA), ont appelé les instances sportives internationales à plus d'intransigeance envers la Russie, accusée de dopage organisé.

"La seule sanction possible est de dire de façon forte et sans équivoque à l'athlétisme russe qu'il ne peut pas aller à Rio", a ainsi lancé mercredi la légende américaine de l'athlétisme, Edwin Moses.

Le double champion olympique du 400 m haies attend plus d'intransigeance des instances sportives à l'égard de la Russie et des efforts tous azimuts.

"Il doit y avoir une enquête dans tous les sports en Russie", a-t-il martelé.

Signe du fossé grandissant entre sportifs et dirigeants, Dick Pound, pourtant président de la commission indépendante qui a rédigé le rapport accablant pour la Russie, s'est montré beaucoup plus mesuré.

"L'objectif est de changer les comportements, pas de dire oeil pour oeil, dent pour dent", a-t-il expliqué. "Les athlètes disent 'Ce n'est pas assez', mais je ne suis pas sûr qu'ils ont nécessairement raison", a-t-il conclu.

Comme largement anticipé, l'AMA a suspendu mercredi l'Agence antidopage russe (Rusada), qui a aidé à dissimuler des cas positifs impliquant des athlètes russes.

Cette décision fait suite à la publication début novembre du rapport de la commission d'enquête indépendante de l'AMA qui accablait la Russie, stigmatisant un dopage organisé, du jamais vu en athlétisme depuis l'époque du bloc socialiste.

Depuis, la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) a suspendu la Russie à titre provisoire, ce qui pourrait priver l'athlétisme russe, 2e au tableau des médailles derrière les Etats-Unis à Londres en 2012, des JO-2016 de Rio.

Mais les athlètes présents à Colorado Springs (Colorado) pour le comité exécutif et le conseil de fondation de l'AMA, ne cachaient pas leur inquiétude, voire leur malaise.

'Des preuves, pas des paroles'

La nageuse zimbabwéenne Kirsty Coventry a expliqué que le scandale de l'athlétisme russe avait, paradoxalement, suscité beaucoup d'inquiétude parmi les meilleurs nageurs du monde.

Une question revient constamment: se battront-ils dans neuf mois à Rio à armes égales avec les nageurs et nageuses russes ou d'autres nations encore?

"Ils sont inquiets, ils m'ont contactée pour savoir ce qu'ils pouvaient faire. En tant qu'athlète qui sera à Rio, je veux savoir si mes adversaires sont propres et non-suspects. Ce seront mes derniers JO et je ne veux pas me retrouver avant une course à me dire: 'Zut, celle-ci doit se doper'", a expliqué la double championne olympique du 200 m dos.

Coventry espère qu'une feuille de route sera établie en vue d'une éventuelle réintégration de l'athlétisme russe: si la Russie s'y conforme, elle pourra participer aux JO-2016.

"C'est à eux de nous prouver dans les six à neuf mois à venir qu'ils ont fait des changements radicaux, il faut qu'ils en apportent la preuve et que cela ne soit pas juste des paroles", a-t-elle indiqué.

L'IAAF a mis en place une commission d'inspection chargée de vérifier l'avancée des réformes que la Russie a promis de faire. Cette commission rendra son avis dans les prochains mois tandis que l'IAAF devrait statuer sur une absence définitive des JO probablement à la mi-mars 2016, lors du conseil de l'instance qui se tiendra à Cardiff.

"Nous sommes à un moment charnière pour l'AMA, il y a beaucoup d'athlètes qui nous regardent et qui attendent, qui espèrent que la lutte antidopage va fonctionner à plein", a renchéri la Canadienne Beckie Scott, championne olympique de ski de fond en 2002 et présidente de la commission des athlètes de l'AMA.

Avec AFP

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