Liens d'accessibilité

Dopage dans l'athlétisme : la Russie suspendue à la décision de l'IAAF


Championnats du monde d’athlétisme de Pékin, 2014

Championnats du monde d’athlétisme de Pékin, 2014

La Russie, accusée de "dopage organisé", s'est dite prête à créer une nouvelle agence antidopage, à quelques heures du vote crucial de la Fédération internationale d'athlétisme qui doit statuer sur une suspension du pays de toute compétition d'athlétisme, à neuf mois des jeux Olympiques de Rio.

La réunion du conseil de l'IAAF, le gouvernement de l'instance, doit débuter à 18h TU à Monaco, où une visioconférence entre les 27 responsables est programmée. Sebastian Coe, le président de l'IAAF, participera à cette réunion depuis Londres.

Le Russe Mikhail Boutov, membre du conseil et secrétaire général de la Fédération russe d'athlétisme (ARAF), présentera "la position de l'ARAF", avant d'être "exclu du débat et du vote", précise l'IAAF dans un communiqué. Chaque membre possède une voix, et la décision sera prise à la majorité simple.

En attendant le verdict, la Russie sportive a encore lâché du lest vendredi matin : "Nous sommes prêts à accréditer de nouveau le laboratoire (russe visé par les accusations de l'Agence mondiale antidopage), ou à le reconstituer, ou à créer une nouvelle agence antidopage", a expliqué vendredi le ministre russe des Sports Vitali Moutko, cité par l'agence de presse russe R-Sport.

Depuis mercredi, la Russie fait feu de tout bois en espérant la clémence de la Fédération internationale. Au point même d'oublier vendredi que ce n'est pas à elle de décider de l'accréditation d'un laboratoire, ou de la légitimité d'une nouvelle agence.

Mais que peut faire l'IAAF ? Depuis les révélations de l'enquête indépendante de l'AMA lundi, la Russie est pointée du doigt, accusée de toutes parts d'avoir mis sur pied un programme institutionnalisé de dopage dans l'athlétisme et d'avoir au passage saboté les jeux Olympiques de Londres en 2012.

Plus grave encore : à ce dopage établi, se mêlent des accusations de corruption qui ont gangréné l'athlétisme jusqu'au sommet, comme le suggère la mise en examen par la justice française de l'ancien président de l'IAAF, le Sénégalais Lamine Diack, soupçonné d'avoir couvert des cas de dopage en Russie moyennant finances.

D'abord droite dans ses bottes, la Russie a infléchi son discours ces deux derniers jours devant l'ampleur du scandale, espérant la clémence des dirigeants de la Fédération internationale d'athlétisme.

Jeudi, à 24 heures du vote décisif, le camp russe a joué son va-tout en répondant à l'ultimatum de l'IAAF, qui l'avait sommé de répondre aux interrogations nées de ces révélations sans précédent.

"Nous venons tout juste d'envoyer le rapport", a affirmé jeudi soir le président par intérim de la Fédération russe, Vadim Zelitchenok, cité par l'agence Tass. Un geste conciliant, même si le contenu de la réponse reste flou : "Nous l'avons rédigée afin de prouver notre innocence. Combien de pages fait-elle ? Une ou cent, cela n'a pas d'importance", a-t-il laconiquement expliqué à l'agence R-Sport.

Dans son rapport, l'Agence mondiale antidopage (AMA) avait été très claire lundi : la Russie doit être suspendue de toute compétition d'athlétisme, dont les JO-2016 de Rio de Janeiro (Brésil), en raison de cas de dopage qui n'auraient "pas pu exister" sans l'assentiment du gouvernement.

Depuis Sotchi (Russie) mercredi, le président russe Vladimir Poutine a joué l'apaisement, demandant une enquête interne et préconisant des sanctions personnalisées plutôt que collectives.

"Les athlètes qui n'ont jamais touché au dopage ne doivent pas pâtir pour ceux qui enfreignent quelque chose", a insisté le chef du Kremlin, qui a fait du sport une de ses priorités stratégiques pour le rayonnement de la Russie à l'étranger.

Aux déclarations volontaristes se sont ajoutés des actes, avec la démission du directeur du laboratoire antidopage de Moscou, lourdement accusé par l'AMA, notamment pour avoir détruit 1.417 échantillons suspicieux.

Le ministre russe des Sports Vitaly Moutko a même émis l'idée de nommer un "spécialiste étranger" à la tête de ce laboratoire, une proposition d'ouverture jamais vue dans le monde sportif russe.

Frapper les seuls fautifs avérés ou taper du poing sur la table en sanctionnant un système : c'est tout l'enjeu du vote de l'IAAF, très attendu.

Car la Russie est depuis toujours une nation majeure de l'athlétisme, le sport olympique N.1. Mais un tel niveau de tricherie n'avait plus été vu depuis le dopage institutionnalisé mis en place du temps du bloc soviétique, notamment en RDA.

Elu en août à la tête de l'IAAF, le Britannique Sebastian Coe avait promis une "tolérance zéro" sur le dopage.

Dans ce contexte, l'option la plus probable reste une suspension provisoire de la Russie, afin que tous les responsables de ce sport, coupables comme innocents, aient le temps de rentrer dans le rang ou d'insuffler un nouvel état d'esprit, si près des jeux Olympiques.

Avec AFP

XS
SM
MD
LG