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Disparition d'un rappeur critique envers le gouvernement en Tanzanie


Le président de la Tanzanie, John Magufuli, s'adresse aux journalistes lors de sa visite officielle à Nairobi, au Kenya, le 31 octobre 2016.

Un rappeur tanzanien connu pour ses textes engagés a été emmené mercredi soir avec quatre de ses collaborateurs par des personnes non identifiées habillées en civil, et n'a plus donné signe de vie depuis, a-t-on appris vendredi de sources concordantes.

Roma Mkatoliki, de son vrai nom Ibrahim Mussa, a été emmené alors qu'il se trouvait aux studios Tongwe Records, dans la capitale économique Dar es Salaam, où il a enregistré dernièrement un album critique envers le gouvernement mais pas encore diffusé, ont affirmé les médias locaux et un député de l'opposition.

Cette disparition intervient après l'arrestation le 26 mars par la police du rappeur "Nay wa Mitego" en raison d'une chanson critiquant le pouvoir du président John Magufuli. Ce rappeur avait été libéré le lendemain.

Interrogée par les médias locaux, la police de Dar es Salaam a assuré ne pas détenir Roma Mkatoliki.

"Je suis peiné d'apprendre que des personnes non identifiées ont fait irruption à 19H00 dans les studios de Tongwe Records, et se sont emparés de Roma" et de quatre autres personnes qui étaient au travail avec lui, a écrit jeudi le vétéran de la musique tanzanienne et député d'opposition Joseph Haule, sur sa page Facebook.

"Pour le moment, nous ne savons pas encore où ils les ont emmenés", a-t-il ajouté, affirmant que "l'ordinateur du studio et un moniteur de télévision" ont été confisqués.

Ces propos ont été confirmés à la chaîne Ayo TV par Junior Makame, propriétaire de Tongwe Records, alors que les proches de l'artiste ont assuré l'avoir cherché en vain dans des commissariats de police.

Le député Joseph Mbilinyi, représentant du Chadema, principal parti d'opposition, a soulevé la question devant le Parlement, et demandé "que le gouvernement dise aux Tanzaniens où se trouvent Roma Mkatoliki et ses camarades", a-t-il dit à l'AFP.

"Bien sûr que ce sont des éléments des forces de sécurité qui sont impliqués, mais nous ne savons pas exactement lesquels", a-t-il affirmé. "Ces actes ressemblent à un phénomène nouveau qui tend à s'installer depuis quelques mois dans le pays. Les disparitions deviennent une nouvelle tendance, c'est très inquiétant", a-t-il ajouté.

Selon le quotidien Mwananchi, plusieurs artistes se sont rassemblés vendredi après-midi devant Tongwe Records afin d'évoquer le sort de Roma Mkatoliki et de ses compagnons.

Dans de précédentes chansons, sorties avant l'élection de M. Magufuli, Roma Mkatoliki avait dénoncé la corruption et le clientélisme dans les hautes sphères du pouvoir tanzanien, ainsi que le manque de liberté d'expression.

Surnommé "tingatinga" ("bulldozer" en swahili), le président Magufuli a marqué les esprits depuis son élection en octobre 2015, déployant un style inhabituellement direct, voire abrupt, dans son exercice du pouvoir. Au point que ses détracteurs le qualifient désormais d'autoritaire et de populiste.

Avec AFP

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