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Des Tunisiens témoignent de la violence homophobe dans un film inédit


Une femme brandit un drapeau tunisien lors d’un rassemblement contre la violence religieuse et politique en Tunisie, 22 octobre 2012.

De jeunes Tunisiens témoignent, le plus souvent à visage découvert, des violences homophobes dont ils sont victimes "au pays de la démocratie naissante", dans un documentaire inédit réalisé par une ONG locale.

En Tunisie, l'article 230 du code pénal punit la "sodomie" et le "lesbianisme" de trois ans de prison. Néanmoins, depuis la révolution et la libération de la parole qui en a résulté, la défense des droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels (LGBT), longtemps taboue, s'affiche peu à peu.

Le documentaire de 37 minutes publié mardi soir sur Youtube par l'ONG Shams débute ainsi par des slogans de la révolte de 2011: "Travail, liberté, dignité". Intitulé "Au pays de la démocratie naissante", en référence aux louanges ayant suivi le succès de la transition politique, il avait déjà été visionné plus de 5.700 fois jeudi.

Tout au long du film, de jeunes homosexuels rapportent les violences physiques et psychologiques dont ils sont l'objet. Parmi eux figurent deux des six étudiants de Kairouan (centre) condamnés fin 2015 à trois ans de prison et cinq ans d'interdiction de séjour dans cette ville pour "homosexualité".

Vivement dénoncé par des ONG internationales, ce jugement avait ensuite été ramené à un mois de prison en appel.

Dali et Haythem évoquent notamment le test anal subi peu après leur arrestation, menottés et immobilisés par des policiers. "Tu es comme un animal sur lequel on effectue des essais. (...) A ce point, tu perds ton humanité", dit le second.

Cet examen constitue "un acte de torture au regard des standards internationaux", affirme l'avocat Ghazi Mrabet.

L'attitude des médecins tout comme celle des autorités politiques, judiciaires et pénitentiaires est dénoncée par les intervenants. Un extrait d'un appel au meurtre lancé par un imam de Sfax (centre-est) est également inséré.

"L'article 230 est la honte de la loi tunisienne, son indignité", clame Bouhdid Belhedi, un responsable de Shams.

Rejetés par la société, des intervenants insistent sur leur situation de rupture avec les milieux familiaux, scolaires et professionnels. Certains, en détresse, s'interrogent sur un exil à l'étranger. "Je suis fatigué", conclut Badr, en pleurs.

Aucune abrogation de l'article 230 n'est à l'ordre du jour. Elle "n'aura pas lieu, je refuse cela", a déclaré en octobre 2015 le président Béji Caïd Essebsi lors d'un entretien avec une chaîne de télévision égyptienne.

Avec AFP

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