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"L'accord de paix en danger" au Soudan du Sud, estiment des représentants étrangers


Riek Machar en Éthiopie, dans la capitale Addis Ababa, le 9 avril 2016.

Riek Machar en Éthiopie, dans la capitale Addis Ababa, le 9 avril 2016.

Riek Machar est toujours très attendu au Soudan du Sud où il doit prendre ses fonctions de vice-président.

La communauté internationale se montrait très inquiète mercredi pour le processus de paix au Soudan du Sud après les retards répétés pris par le chef rebelle Riek Machar pour revenir dans la capitale Juba, où il doit prendre ses fonctions de vice-président.

"L'accord est en danger", a estimé dans un communiqué diffusé mardi soir l'ancien chef d'Etat botswanais Festus Mogae, qui préside la Commission de surveillance et d'évaluation (JMEC) de l'accord de paix signé le 26 août 2015.

M. Machar a déjà repoussé deux fois, lundi et mardi, son arrivée à Juba en invoquant des "problèmes logistiques et administratifs". La rébellion affirme qu'il reste déterminé à oeuvrer pour la paix et arrivera mercredi. Mais l'incertitude est totale.

Riek Machar doit y prendre ses fonctions de vice-président. Il a été réinstallé à ce poste en février par le président Salva Kiir, son grand rival, avec lequel il doit former un gouvernement de transition, dans le cadre de l'accord de paix.

M. Mogae n'a pas été le seul à manifester son inquiétude. Le Conseil de sécurité de l'ONU s'est également dit "sérieusement préoccupé" et les Etats-Unis ont avoué être "très inquiets".

Le retour de Riek Machar à Juba est considéré comme une condition sine qua non au règlement d'une guerre civile débutée en décembre 2013, et qui a fait des dizaines de milliers de morts (le bilan exact est inconnu) et plus de 2,3 millions de déplacés.

Le flou persiste sur les raisons qui ont empêché M. Machar, lequel n'a plus remis les pieds à Juba depuis le début du conflit, d'effectuer son retour. Les deux camps s'en rejettent la responsabilité.

Selon la rébellion, le retard serait notamment lié à la difficulté d'obtenir une permission de vol pour le chef d'état-major des rebelles, Simon Gatwech Dual, sous le coup de sanctions des Nations unies.

- 'Je veux aller à Juba' -

Mais le gouvernement a affirmé que M. Machar aurait demandé à venir avec 200 soldats et de l'armement supplémentaires, en contradiction avec l'accord de paix.

"C'est une impasse et ça retarde sans aucun doute l'application de l'accord (de paix). La question, c'est: +Combien de temps allons-nous attendre Riek Machar?", a déclaré mardi le ministre de l'Information Michael Makuei.

M. Machar, interviewé mercredi par Al-Jazeera, a récusé cette interprétation. "Je veux aller à Juba. (Mais) ils nous empêchent", a-t-il affirmé en référence au gouvernement.

Riek Machar avait déjà occupé le poste de vice-président entre juillet 2011 - date de l'indépendance - et juillet 2013, quand il avait été démis de ses fonctions par Salva Kiir.

Le Soudan du Sud a plongé dans la guerre civile en décembre 2013 quand des combats ont éclaté au sein de l'armée nationale, minée par des dissensions politico-ethniques alimentées par la rivalité à la tête du régime entre MM. Kiir et Machar.

M. Mogae a appelé les deux hommes à faire preuve de "flexibilité" et à travailler en commun dans "un esprit de réconciliation". Il a espéré que l'arrivée de M. Machar à Juba pourrait "être reprogrammée dans les jours à venir, sans autres conditions".

La situation est d'autant plus tendue à Juba que conformément à l'accord de paix, la rébellion y a récemment fait revenir 1.370 soldats et policiers armés qui font désormais face à 3.420 hommes de l'armée gouvernementale. Le reste des troupes, gouvernementales et rebelles, n'est pas autorisé dans un rayon de 25 km autour de la capitale.

"Cela ne va pas être facile, les deux camps sont méfiants", estime Alfred Taba, journaliste vétéran du Juba Monitor. "Beaucoup sont très loyaux au président, et ils pourraient ne pas apprécier de voir l'opposition se promener en ville."

Avec AFP

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