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Des journalistes emprisonnés en Turquie, Erdogan critique les Occidentaux


Les partisans de différents partis politiques rassemblés sur la place Taksim brandissent des drapeaux de la Turquie au cours d’un rassemblement organisé par l'opposition principale du Parti républicain du peuple (CHP), à Istanbul, Turquie, 24 juillet 2016.

Les partisans de différents partis politiques rassemblés sur la place Taksim brandissent des drapeaux de la Turquie au cours d’un rassemblement organisé par l'opposition principale du Parti républicain du peuple (CHP), à Istanbul, Turquie, 24 juillet 2016.

La Turquie a emprisonné 17 journalistes qu'elle accuse de liens avec "une organisation terroriste", une décision controversée, mais le président Recep Tayyip Erdogan a rejeté les critiques des Occidentaux sur les vastes purges après le putsch raté.

Dans un geste de bonne volonté destiné à "renforcer l'unité nationale" deux semaines après la tentative de coup d'Etat militaire du 15 juillet, le chef de l'Etat a annoncé renoncer aux plaintes déposées contre ceux accusés de l'avoir "insulté".

Près de 2.000 personnes seraient concernées dont un des chefs de l'opposition, selon des chiffres donnés par des responsables au début de l'année.

Le grand "coup de balai" lancé après le putsch avorté a toutefois continué, en dépit de mises en garde des Européens sur l'impact négatif qu'il pourrait avoir sur la candidature turque à l'Union européenne (UE).

Le pouvoir islamo-conservateur du président Erdogan accuse le prédicateur en exil aux Etats-Unis Fethullah Gülen et les partisans de son mouvement en Turquie d'avoir organisé la tentative de coup d'Etat qui a fait environ 270 morts.

Plus de 18.000 personnes ont été placées en garde à un moment ou à un autre au cours des deux dernières semaines.

Environ 10.000 d'entre elles font maintenant l'objet de poursuites et ont été placées en détention préventive.

Dix-sept journalistes sur 21 qui ont comparu devant un tribunal d'Istanbul se sont ainsi réveillés en prison samedi. Malgré le soutien de leurs collègues venus dans les allées du tribunal, les juges les ont inculpés pour leurs liens présumés avec "une organisation terroriste", selon l'agence de presse officielle Anadolu.

Parmi eux figure Nazli Ilicak, une journaliste réputée, qui avait travaillé dans un quotidien proche du parti de la Justice et du développement (AKP) du président Erdogan avant d'en être licenciée après un scandale de corruption qui a éclaboussé des proches du chef de l'Etat. Des anciens du quotidien Zaman, pro-Gülen jusqu'à sa reprise en main par le pouvoir en mars, ont aussi été écroués.

'Ne pas répéter l'erreur'

"Ces détentions sont inacceptables", a estimé le journaliste turc Mustafa Akyol dans un point de vue publié dans l'édition en anglais du quotidien Hurriyet tout en soutenant l'action du gouvernement contre les putschistes et certaines des mesures contre les "gülenistes".

"Mais ces gens n'ont fait qu'exercer leur profession ou partager leurs idées dans un journal détenu par la communauté Gülen, ce qui ne veut pas dire qu'ils fassent partie de cette communauté", a-t-il ajouté.

Le journaliste Bulent Mumay, un des quatre remis en liberté, a déclaré "n'avoir jamais imaginé être accusé de telles choses".

"Ce n'est pas normal d'arrêter des journalistes, ce pays ne devrait pas répéter ce genre d'erreurs", a-t-il ajouté cité par l'agence de presse privée Dogan.

Le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu a défendu les actions de la justice contre la presse en estimant nécessaire de faire la différence entre les personnes impliquées dans le putsch et celles "qui font du vrai journalisme".

Alors que de nombreuses critiques ont été émises par des responsables européens contre l'ampleur des purges, le président Erdogan a conseillé aux Occidentaux de "se mêler de leurs affaires", dans un discours prononcé depuis son palais présidentiel d'Ankara tard vendredi soir.

"Ces pays dont les leaders ne sont pas inquiets pour la démocratie turque, ni pour la vie de nos citoyens et leur avenir alors qu'ils sont tellement préoccupés par le sort des putschistes, ne peuvent pas être nos amis", a-t-il ajouté en regrettant que quasiment aucun haut responsable européen ne soit venu en Turquie après le coup avorté.

Signe de la tension avec l'UE, le président de la Commission Jean-Claude Juncker a estimé que l'accord entre UE/Turquie pour freiner l'afflux de réfugiés en Europe occidentale risquait de capoter.

Un général américain de haut rang s'était également inquiété d'un éventuel impact des purges dans l'armée sur la coopération avec la Turquie dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI).

Près de la moitié (149) des généraux de l'armée turque ont été limogés après le putsch raté et des centaines d'officiers remplacés.

Ankara a accusé ce général d'avoir pris le parti des putschistes. Mais des responsables américains ont de nouveau rejeté toute implication ou soutien à ce putsch raté.

Avec AFP

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