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Des groupes armés étudiants prorégime font polémique au Soudan


Un centre de conférence dévasté après les manifestation de 2012 sur le campus de l'université de Khartoum le 24 juin 2012.

Un centre de conférence dévasté après les manifestation de 2012 sur le campus de l'université de Khartoum le 24 juin 2012.

Au Soudan, des groupes étudiants sont de violentes milices qui sème la terreur sur le campus. Aujourd'hui, des groupes de défense des droits de l'Homme et des dirigeants de l'opposition réclament le démantèlement de ces cellules paramilitaires

"Personne n'avait accès à cette petite pièce, pas même la police ou les professeurs": dans son bureau à Khartoum, l'homme d'affaires soudanais Ammar Sajjad raconte à voix basse comment son fils a été détenu et battu à l'université.

L'an dernier, dit M. Sajjad, des étudiants membres d'une "unité du jihad" active dans ce campus de la capitale a détenu pendant des heures et battu à plusieurs reprises son fils de 19 ans, qui étudie l'électronique.

Selon des experts, de nombreuses unités de ce type ont été mises en place dans les établissements universitaires après le coup d'Etat du président Omar el-Béchir en 1989, qui a marqué le début du régime islamiste au Soudan.

Elles étaient destinées à recruter et former des étudiants pour combattre contre la rébellion séparatiste dans le sud du pays, une guerre civile qui avait fait deux millions de morts quand elle a pris fin en 2005 après plus de 20 ans de combats.

Aujourd'hui, des groupes de défense des droits de l'Homme et des dirigeants de l'opposition réclament le démantèlement de ces cellules paramilitaires estudiantines qu'ils accusent d'alimenter la violence sur les campus.

Hassan Al-Hussein, un éminent dirigeant de l'opposition, a récemment demandé la dissolution de ces groupes, dont le nombre actuel est inconnu et qui sont selon lui "responsables de troubles dans les universités".

Ils "soutiennent le Parti du Congrès National du président Béchir, stockent des armes et arrêtent les étudiants de l'opposition sur les campus", témoigne un responsable étudiant de l'Université de Khartoum, qui a demandé à rester anonyme par crainte d'être arrêté par le puissant Service national de renseignement et de sécurité (NISS).

Ces dernières semaines, deux étudiants ont été tués et de nombreux blessés lors d'affrontements entre étudiants et forces de sécurité dans des universités. Des violences qui ont contraint certains établissements à suspendre indéfiniment les cours.

"Les informations faisant état du rôle de groupes d'étudiants progouvernementaux armés pour disperser des manifestations, y compris avec des munitions réelles, sont particulièrement préoccupantes", estimait l'ONG Human Rights Watch en mai.

"Champs de bataille"

Pour Khalid Tigani, rédacteur en chef du journal soudanais Elaff, "il existe une coopération entre (les forces de sécurités et ces cellules), il est difficile d'identifier qui est qui".

Depuis la fin de la guerre civile, le rôle de ces groupes armés étudiants a évolué pour se transformer aujourd'hui en "soutien aux forces régulières", explique M. Tigani. "Ils ne sont pas nombreux mais ils sont bien organisés et défendent le régime".

"Ces unités ont amené les champs de bataille dans les universités", déplore cet ancien militant étudiant.

Des médias soudanais assurent que ces "unités du jihad" ont même combattu les rebelles dans les zones de conflit comme au Darfour, où des combats sanglants ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts depuis 2003.

De leur côté, les responsables étudiants prorégime nient tout rôle de ces groupes dans la violence sur les campus.

"Les unités du jihad sont contrôlées par les administrations des universités", soutient Moussab Mohamed Osman, à la tête de l'Union nationale des étudiants (prorégime). D'après lui, "leur rôle principal est de rassembler des étudiants pour le jihad".

"Le jihad (au Soudan), c'était pendant pendant la guerre civile", rétorque M. Sajjad, qui s'est lui-même battu contre la rébellion sudiste dans les années 1990. "Maintenant il n'y a plus de jihad, nous n'avons plus besoin de ces unités".

Pour lui, si ces unités existent toujours, c'est que "certaines institutions du régime doivent en tirer avantage".

Et tant que ces groupes seront utiles au pouvoir, elles seront préservées, préviennent des militants.

Avec AFP

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