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Dernière ligne droite avant la présidentielle au Ghana


Des militants de l'opposant Nana Akufo-Addo à Accra, au Ghana, le 11 octobre 2016.

Le Ghana élit mercredi son nouveau président, un "moment charnière" pour le pays, selon le principal candidat de l'opposition Nana Akufo-Addo, qui se présente pour la troisième fois à la présidence et fera face mercredi au président sortant John Mahama qui l'avait battu en 2012.

Le chef de file du NPP (Nouveau Parti Patriotique) a accusé le parti au pouvoir d'encourager les violences, pendant que la police détourne les yeux, alors que le Ghana est traditionnellement perçu comme un exemple démocratique en Afrique.

"Nous sommes vraiment à un moment charnière", a lancé Akufo-Addo devant des journalistes, dans sa résidence de la capitale d'Accra.

"Il est important que ces actes de violences qui sont perpétrés par des éléments du parti au pouvoir répondent devant la justice", a-t-il ajouté.

"Nous sommes sceptiques quant à la prétendue neutralité de la police."

Les craintes que le Ghana perde son image pacifiste ont dominé cette campagne présidentielle: le parti de l'opposition a dénoncé des tensions, des intimidations sur ses électeurs et a questionné l'indépendance de la Commission Électorale.

Le candidat de l'opposition a également critiqué la mauvaise gestion économique du pays d'Afrique de l'Ouest, exportateur d'or, de cacao et désormais de pétrole, mais fortement endetté auprès des bailleurs de fonds internationaux.

Une image qui est bien éloignée de celle que renvoie John Mahama, à la tête du pays depuis 2012 et candidat du Congrès National Démocratique (National Democratic Congress, NDC).

Le président, affable et habituellement perçu comme un homme du peuple, peut se féliciter d'avoir instaurer une discipline fiscale et a promis d'éradiquer la corruption pour son second mandat.

Si aucun des deux partis ne remporte plus de 50% des voix mercredi, le Ghana devra procéder à un second tour courant décembre.

Les élections au Ghana sont traditionnellement très serrées. Akufo-Addo a d'ailleurs perdu deux fois, sur un score très serré face au parti au pouvoir. Mais cette année, les mauvais résultats économiques du NDC pourraient lui être favorables.

Le vent du changement

Lors de son meeting final, tenu à Accra, le candidat leader de l'opposition s'est inspiré de la campagne de Barack Obama de 2008, invitant ses électeurs à brandir d'immenses banderoles bleues estampillées du mot "espoir".

Pour ses supporters, Afuko-Addo porte l'image d'un "leader incorruptible", et ils espèrent qu'il pourra remettre l'économie d'aplomb pour entrer en compétition avec la Côte d'Ivoire, voisin en plein regain de croissance.

"Le vent du changement souffle sur toute l'Afrique. Tous les chefs d'Etat corrompus partent les uns après les autres", explique l'un d'eux.

Pour Bernard Owusu, 40 ans, venu assister au dernier meeting de son candidat, "la Gambie l'a fait, le Nigeria l'a fait, c'est désormais au tour du Ghana".

Lorsque Akufo-Addo est monté sur scène, la foule a exulté. Les feux d'artifices ont fait le spectacle.

"Le NDC est corrompu", a confié Margaret Darkwah, 55 ans, habillée des couleurs de son parti des pieds à la tête. "On va les dégager."

Le président Mahama, candidat à sa propre succession, a voulu garder sa posture de chef d'Etat durant cette campagne électorale. Il a appelé sur Twitter à "ignorer toute forme de provocation" ce week-end, demandant au Ghanéens de voter et "d'attendre les résultats dans un climat pacifique".

Il compte sur des projets de nouvelles infrastructures dans le pays, mais les résultats restent pour l'instant impossibles à prédire avant leur annonce, qui devraient avoir lieu quelques jours après le scrutin.

Le président devait tenir un dernier meeting lundi, avant de s'envoler pour sa région natale, dans le nord du pays, où il déposera son bulletin de vote. Akufo-Addo quant à lui, votera à Kibi, dans l'est.

Des violences sporadiques, menées par des gangs surnommés les "Macho men", pourraient éclater dans certaines régions, redoutent certains, mais il est peu probable que le pays, qui se félicite régulièrement de son climat de paix, s'embrase.

Akufo-Addo veut tout de même y voir une étape "dangereuse" pour le pays. A 72 ans, c'est vraisemblablement sa dernière chance d'accéder à la tête du pays.

Avec AFP

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