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Calais : l'impuissance des migrants


Migrants Soudanais dans la "jungle" de Calais en France.
Migrants Soudanais dans la "jungle" de Calais en France.

"Lieu de vie!" : comme un appel à l'aide et une fragile défense contre la destruction annoncée, la formule a été taguée sur chaque abri de fortune du secteur sud de la "jungle" de Calais (nord de la France), promis aux bulldozers.

Après avoir obtenu jeudi l'aval de la justice, l'Etat français a entamé lundi le délicat démantèlement de la "zone sud" du camp de réfugiés, en fait près des deux tiers -selon les estimations des ONG sur place- de cet immense bidonville battu par les vents et les pluies hivernales où survivent entre 3.700 à 7.000 migrants selon les sources.

Sous le regard impuissant et résigné des migrants, les employés d'une entreprise privée mandatée par l'Etat ont entamé leur besogne lundi, à la surprise générale, et sous la protection de dizaines de policiers anti-émeutes.

La justice a demandé aux autorités d'épargner "lieux de culte" et "lieux de vie" (école, centre juridique...), rappellent des militants associatifs. Mais sur place, au milieu des immondices, les pieds dans la boue et sous leur cabane de bois, les migrants ne se font guère d'illusion. Beaucoup se disent résignés à "reprendre leur sac", et leur rêve d'Angleterre.

Après des familles iraniennes lundi, ce sont les Soudanais qui sont concernés mardi par ces évictions forcées. Le visage enroulé dans une écharpe à la manière des nomades du désert, emmitouflés dans d'épais anoraks, quelques-uns se réchauffent autour d'un poêle à mazout, à quelques mètres des policiers anti-émeutes, casqués et boucliers à la main.

Impassibles, ces policiers sont manifestement prêts à réagir au moindre jet de pierre, tandis que les ouvriers en gilet fluo s'activent dans leur dos à détruire planche par planche les fragiles maisonnettes. Plus loin, un bulldozer s'évertue à aplanir la terre humide et souillée d'immondices.

Le terrain dégagé atteint à peine plus d'une centaine de mètres carrés, évaluent quelques journalistes perchés sur un monticule buissonneux aux allures de décharge, avec en arrière-plan une trentaine de véhicules des forces de l'ordre garés en rang d'oignon comme à la parade.

"On ne peut rien faire face aux policiers", confie Noureen, le "leader communautaire" des Soudanais. "Ils affirment que les baraques sont vides, mais en fait ils nous chassent par la force", fustige-t-il.

Chacun se garde bien de dire ce qu'il fera. Mais bien peu expriment l'intention de rejoindre le Centre d'accueil provisoire (CAP) du camp, des conteneurs chauffés en limite de la "jungle", où il reste encore une grosse centaine de places, mais où ils craignent surtout de devoir laisser leurs empreintes digitales.

Ils ont aussi la possibilité de rejoindre, via des bus spécialement affrétés, l'un des 102 centres d'accueil et d'orientation (CAO) disséminés partout sur le territoire français, pour y faire une demande d'asile en France, ce dont les autorités tentent de les persuader par le "dialogue".

"La plupart vont surtout trouver un abri temporaire dans la zone nord de la jungle", explique un volontaire du Secours catholique. "En attendant de tout simplement reprendre la route, certains vers la ville voisine de Dunkerque, dans des squats qu'ils sont en train de repérer dans le coin, ou je ne sais où..."

"Le but est simplement de les éparpiller, on déplace le problème, c'est honteux", accuse un membre d'une association d'aide aux migrants, la tête protégée d'une casquette anglaise.

Comme ce cinquantenaire aux allures de grand-père, ou ces volontaires de "Gynécologie sans frontière", des dizaines de militants associatifs, des salariés d'ONG jusqu'aux militants radicaux "No border" venus d'outre-Manche, déambulent au milieu des migrants de toutes nationalités dans les allées boueuses du camp, donnant parfois à la jungle des allures d'arche de Noë.

Après les Soudanais, ce devrait être logiquement -selon la géographie des lieux-, au tour des Érythréens. On les trouve massés autour de leur église orthodoxe, aux inscriptions en guèze -leur langue liturgique- sur son portail bleu ciel. Que comptent-ils faire? "On ne sait pas", lâche l'un de leurs représentants, dans un haussement d'épaules résumant son impuissance.

Puis viendra le moment d'expulser les Afghans. Et là, ce sera une autre affaire. Avec leurs restaurants et leurs épiceries, mais aussi une forte capacité de mobilisation, les centaines de ressortissants du "royaume de l'insolence" ne se laisseront pas faire facilement, prévient un bon connaisseur du camp.

Avec AFP.

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