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Décès de l'anthropologue algérien Malek Chebel, défenseur d'un "islam des Lumières"


Des musulmans sortent de la prière du vendredi, à la mosquée Yahya, à Saint-Etienne-du-Rouvray, en Normandie, France, 29 juillet 2016.

Des musulmans sortent de la prière du vendredi, à la mosquée Yahya, à Saint-Etienne-du-Rouvray, en Normandie, France, 29 juillet 2016.

Dans les médias comme dans ses livres, il était l'inlassable et chaleureux défenseur d'un "islam des Lumières": l'anthropologue des religions et psychanalyste algérien Malek Chebel est décédé samedi à Paris d'un cancer, à l'âge de 63 ans.

"Malek Chebel, c'était l'islam des Lumières et la modernité. Son oeuvre dit quel doit être notre ouvrage: bâtir l'islam de notre temps", a estimé le Premier ministre français Manuel Valls sur Twitter, alors que les attentats jihadistes, comme ceux du 13 novembre qui seront commémorés dimanche, ont relancé les débats autour de la deuxième religion de France.

Pour Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), interrogé par l'AFP, sa disparition constitue "une grosse perte pour l'ensemble des musulmans de France".

Malek Chebel sera enterré en Algérie, où il était né en 1953, après probablement une cérémonie en région parisienne lundi, a précisé à l'AFP son fils Mikaïl Chebel.

Son érudition, sa liberté d'esprit et son sourire l'avaient fait largement connaître: cet intellectuel s'était employé à développer une image libérale de l'islam, en traquant les mensonges des intégristes, et étudiant des thèmes qui pouvaient paraître iconoclastes, comme la sexualité arabe.

"J'ai pris le parti de chercher la lumière dans le monde arabe. Je suis tenu par un souci de vérité et je veux m'approcher au plus près possible de ce que je pense être cette vérité", disait-il à l'AFP en 2006, alors qu'il publiait "le Kama sutra arabe", premier manuel d'éducation sexuelle en terre d'islam.

Arrivé à Paris en 1980 pour préparer un doctorat en psychopathologie et psychanalyse, après une licence de psychologie clinique à Constantine, Malek Chebel veut contribuer par ses études à voir l'Orient et l'Occident s'éloigner des "lieux de confrontation" où les extrémistes veulent les conduire.

Il "a appris le dictionnaire" français en arrivant en France "pour s'approprier les mots, la langue", a raconté à l'AFP son ami Hichem Ben Yaiche. "Il avait une capacité de travail inouïe", avec 35 livres publiés et cinq prévus pour la seule année 2016. Il voulait "ratisser plusieurs thématiques", dans "une quête d'identité personnelle", selon ce proche.

- Contrer le "détournement de l'islam" -

Parmi ses livres, "L'islam pour les nuls" et "Le Coran pour les nuls" s'étaient arrachés dans les librairies en France après les attentats de janvier 2015. Il a aussi traduit le Coran en français et publié, entre autres, "L'islam et la raison", "L'Erotisme arabe", ou "L'islam en 100 questions", ainsi que plusieurs "dictionnaires amoureux" (du Coran, de l'Algérie...).

Face au "détournement de l'islam" par ceux qui ont alimenté sa "dérive sectaire" et jihadiste, Malek Chebel a donné naissance au concept d'"islam des Lumières" pour "dire que l'islam n'est pas extrémiste, qu'il n'est pas ce qu'on peut dire à travers les actes de quelques fous de Dieu", a expliqué son ami.

Selon Anouar Kbibech, il proposait "une démarche innovante, une lecture contextualisée des préceptes de l'islam et de la pratique religieuse".

Et il avait "un rôle précurseur" avec "des analyses pertinentes, notamment sur la place de la femme dans l'islam, de la conception, de la relation de l'homme au plaisir d'une manière générale", des thèmes qui "apportaient une certaine fraîcheur à la vision que pouvait avoir la société française sur la religion musulmane", a souligné M. Kbibech.

"C'était un homme d'une immense érudition, d'une grande autorité morale", a salué Jack Lang, président de l'Institut du monde arabe (IMA). "En cette période où les préjugés se multiplient, la parole solide, humaniste d'un homme comme lui manquera beaucoup".

Sur Twitter, l'écrivain franco-congolais Alain Mabanckou a déploré la "mort d'un ami".

Avec AFP

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