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Croissance sans retombées sociales au Cameroun : pauvreté persistante en Afrique


Le Ministre des Finances du Cameroun Alamine Ousmane Mey, à gauche, s'entretient avec la directrice Générale du Fonds Monétaire International, Christine Lagarde, après leur rencontre au ministère des Finances à Yaoundé, au Cameroun, 7 janvier 2016. (FMI)

Le Ministre des Finances du Cameroun Alamine Ousmane Mey, à gauche, s'entretient avec la directrice Générale du Fonds Monétaire International, Christine Lagarde, après leur rencontre au ministère des Finances à Yaoundé, au Cameroun, 7 janvier 2016. (FMI)

"Les Camerounais ont faim. Ils ont soif. Quand allons-nous ressentir un changement dans nos vies"?, s'impatiente Fabrice Pokam, un jeune Camerounais.

"Je serais incapable de vous dire la date exacte parce que c'est un processus continu", lui rétorque le ministre de Finances Ousmane Alamine Mey lors de la présentation d'un rapport du Fonds monétaire international (FMI) fin octobre à Yaoundé.

Hasard des dates, le déraillement du train Yaoudé-Douala (79 morts) venait quelques jours plus tôt de jeter une lumière crue sur les faiblesses du pays, ses infrastructures, secours, etc.

Le rapport vient plomber un peu plus l'ambiance, prévoyant "une croissance à son plus bas niveau depuis 20 ans" en Afrique sub-saharienne, surtout pour les pays producteurs de pétrole comme le Cameroun.

"Les effets délétères de la chute des cours se propagent maintenant à l'ensemble de l'économie et le ralentissement de l'activité risque de se pérenniser", note le FMI, qui préconise son sempiternel "ajustement des politiques publiques" pour les pays les plus touchés.

Plus grande économie d'Afrique centrale, le Cameroun (22 millions d'habitants) fait de surcroît face aux menaces terroristes du groupe islamiste nigérian Boko Haram dans l'Extrême-nord, sa zone la plus pauvre.

Les autorités de Yaoundé veulent cependant croire que leur économie est "résiliente" grâce à une moindre dépendance à l'or noir que les pays pétroliers voisins (Guinée-Equatoriale, Gabon, Tchad).

Le Cameroun mise en effet sur les cultures vivrières, qui contribuent pour 15% au PIB, la production de gaz naturel, le bois, les transports et les entrepôts notamment.

Entre 2010 et 2014, le taux de croissance du PIB est restée en constante augmentation avant un léger repli en 2015 (5,8 %), selon les chiffres officiels. Yaoundé mise sur 5,6% cette année et 6% en 2017 mais le FMI est plus prudent (4,8%, puis à 4,2% en 2017).

- Pauvreté persistante -

La croissance au Cameroun est aussi tirée par le programme des "grandes réalisations" (ports, barrages hydroélectriques, routes...) lancé en 2011 lors de la réélection du président Paul Biya, 83 ans, au pouvoir depuis 1982.

Cinq ans après, certains projets comme le port de Kribi, ville balnéaire du sud, ou le barrage hydroélectrique de Lom Pangar (est) sont achevés alors que de nombreux autres sont en cours de réalisations ou n'ont pas été encore lancés.

Toutes les mesures sont prises pour que la production de richesses bénéficient aux populations "en commençant par les jeunes", assure le ministre des Finances qui tente de calmer l'impatience du jeune Fabrice.

C'est loin d'être le cas. "Le taux de pauvreté n'a pratiquement pas baissé entre 2001 et 2014, passant de 40,2 à 37,5 %", avec de fortes inégalités régionales, déplore la Banque mondiale dans une note de juillet dernier.

Le Cameroun "n'a atteint aucun des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), à l'exception de celui relatif à la scolarisation primaire", ajoute l'organisme économique de Washington.

Les grands travaux lancés en 2011 ne profitent pas directement à la population, de l'aveu même d'un autre ministre, Louis Paul Motazé (Economie). "Contrairement à ce qu'on pense, les grands projets n'ont pas pour objectif premier de créer l'emploi", dit-il.

"Il s'agit d'améliorer les conditions de l'activité, d'améliorer les conditions d'intervention du secteur privé, d'attirer les investisseurs étrangers notamment", indique-t-il.

Il y a urgence. Le Cameroun a lancé en 2014 un projet de construction de la première autoroute entre ses deux principales villes, Douala et Yaoundé, mais les travaux avancent timidement.

Le 21 octobre, la circulation a été paralysée plusieurs heures sur cet axe après l'effondrement d'une structure métallique.

Quelques heures après, un train bondé de voyageurs, dont la plupart avaient afflué après l'incident sur la route, a déraillé à hauteur de la ville d'Eséka (centre), faisant 79 morts, selon les autorités.

M. Biya veut faire de son pays une économie émergente à l'horizon 2035, mais les bailleurs de fonds jugent le rythme des transformations trop lent.

Fabrice peut encore s'impatienter. Tout comme Léonie Koagné, une ménagère sur le marché de Yaoundé qui constate une hausse généralisée des prix de l'alimentation des poissons, huile, banane plantain, fruits, légumes: "Mes revenus n'ont pas augmenté. J'ai la même ration, mais pour chaque denrée, je dois toujours payer plus".

Avec AFP

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