Liens d'accessibilité

Crise sociale en Tunisie : le Premier ministre dit avoir "commencé à trouver des solutions"


Manifestation de chômeurs à Tunis, Tunisie, le 22 janvier 2016. (AP Photo/Riadh Dridi)

Manifestation de chômeurs à Tunis, Tunisie, le 22 janvier 2016. (AP Photo/Riadh Dridi)

En pleine contestation sociale en Tunisie, Habib Essid a défendu mercredi la gestion de son gouvernement et affirmé vouloir "dire la vérité".

Le Premier ministre tunisien Habib Essid a défendu mercredi devant le Parlement la gestion par son gouvernement de la contestation sociale qui a agité le pays, assurant avoir "commencé à trouver des solutions" malgré l'absence de mesures concrètes.

Depuis le 16 janvier et le décès d'un chômeur à Kasserine, dans le centre défavorisé, plusieurs villes à travers le pays ont été le théâtre de manifestations pour réclamer des emplois et le développement de régions délaissées depuis des décennies. Le mouvement a parfois tourné à des affrontements avec la police et un couvre-feu nocturne a été décrété dans toute la Tunisie.

"Dire la vérité"

"Nous avons essayé, dans la mesure du possible, d'améliorer la situation", a déclaré M. Essid devant les députés lors d'une séance plénière extraordinaire consacrée à ce dossier.

"Nous pourrions faire taire les gens et dire +nous allons créer 1.000 emplois+ (...) mais nous voulons dire la vérité à ce peuple", a-t-il lancé. "Nous avons commencé à trouver des solutions. Nous n'avons pas de solutions pour tout le monde, nous avons certaines solutions", a-t-il ajouté, sans plus de précisions.

En pleine contestation, le gouvernement avait dans un premier temps annoncé le recrutement de 5.000 chômeurs à Kasserine, avant de reconnaître "une erreur" de communication.

"La responsabilité (de trouver ces solutions, ndlr) n'est pas que celle du gouvernement", a poursuivi le Premier ministre, en souhaitant "un consensus" avec les partis et la société civile sur les futures mesures afin qu'elles puissent être appliquées.

M. Essid doit de nouveau intervenir devant les élus dans l'après-midi pour répondre à leurs questions.

Le mouvement de protestation, inédit par son ampleur et sa durée depuis la révolution qui a renversé la dictature de Zine El Abidine Ben Ali en janvier 2011, a rappelé que la misère et l'exclusion sociale, qui avaient largement motivé le soulèvement, étaient toujours prégnantes en Tunisie.

La croissance a été de moins de 1% en 2015 et le chômage est de plus de 15% (le double chez les jeunes diplômés). Plusieurs régions de l'intérieur du pays se disent en outre toujours marginalisées et réclament développement et emploi.

La nouvelle Constitution tunisienne stipule que "l'Etat a pour objectif de réaliser (...) l'équilibre entre les régions" sur la base du"principe de discrimination positive".

M. Essid a maintes fois répété "comprendre" les revendications mais "ne pas avoir de baguette magique" face à la "situation difficile héritée" par son gouvernement.

"Nouvelle approche"

Les appels se sont malgré tout multipliés pour "de vraies solutions".

Celles du gouvernement "sont précaires et ne répondent pas aux besoins (...). Nous ne voulons pas d'un gouvernement qui vende des illusions et inspire le désespoir", a lancé l'élu Hassouna Nasfi en plénière.

"Aujourd'hui les chômeurs attendent des réponses claires et précises en ce qui concerne l'emploi", a renchéri Mongi Rahoui, du Front populaire, une coalition de gauche.

Pour le journal le Quotidien, "pressés d'agir dans l'immédiat, Habib Essid et son équipe, sous le feu des critiques, naviguent à vue". Il faut "une nouvelle approche capable de calmer la colère des jeunes chômeurs dans les régions", a-t-il soutenu.

Le journal La Presse, lui, a reconnu au gouvernement "une marge de manoeuvre extrêmement limitée" en raison d'une situation générale difficile.

Le Premier ministre a rappelé que les trois attentats sanglants revendiqués par le groupe Etat islamique (EI) en 2015 avaient "affecté l'ensemble de notre économie". "Nous sommes passés par une période difficile, parfois des gens oublient cela", a-t-il insisté.

Le pays est sous état d'urgence depuis le dernier attentat, une attaque suicide qui a tué 12 agents de la garde présidentielle en plein Tunis le 24 novembre.

La contestation sociale est largement retombée ces derniers jours, même si quelques manifestations ont encore eu lieu lundi dans le centre.

AFP

XS
SM
MD
LG